Baccalauréat au Tchad : derrière l’euphorie des admis, la détresse silencieuse des recalés
Au Tchad, les célébrations du baccalauréat suscitent joie et interrogations, entre dépenses excessives et pression sociale, tout en soulignant l'importance d'accompagner les recalés pour éviter la stigmatisation.
Par Khadidja Oumar Abdoulaye
À chaque publication des résultats du baccalauréat, les rues de plusieurs villes du Tchad vibrent au rythme des célébrations. Cris de joie, cortèges de motos, jets d'eau et rassemblements festifs marquent la réussite de nombreux candidats. Si ces manifestations traduisent le bonheur d'un parcours scolaire couronné de succès, leur ampleur soulève parfois des interrogations, notamment en raison des dépenses engagées et de la pression sociale qu'elles peuvent engendrer.
La publication des résultats du baccalauréat constitue chaque année un moment fort pour des milliers de familles tchadiennes. À N'Djamena comme dans les provinces, les nouveaux bacheliers envahissent les rues pour partager leur bonheur avec leurs proches et leurs camarades.
Pour Mahamat, 19 ans, récemment admis, cette joie est parfaitement compréhensible. « Lorsque j'ai vu mon nom sur la liste des admis, j'ai ressenti un immense soulagement. Nous avons célébré cette réussite avec nos amis, mais sans excès. Ce diplôme est le fruit de plusieurs années de travail. Je pense qu'il est normal de partager cette joie », explique-t-il.
Cependant, certains observateurs estiment que les célébrations prennent parfois des proportions excessives. Entre la location de véhicules, les tenues spéciales, les repas festifs et les sorties entre amis, certaines familles déboursent des sommes importantes pour marquer l'événement.
Amina, mère de famille à N'Djamena, s'interroge sur cette tendance. « Je suis fière de la réussite de ma fille, mais je ne voulais pas organiser une grande fête. Certaines familles s'endettent pour impressionner les autres. L'essentiel reste l'avenir de l'enfant et la poursuite de ses études », affirme-t-elle.
L'autre face de cette période de célébration est souvent moins visible. Pour les candidats non admis, l'annonce des résultats peut être source de déception, voire de détresse. Les images de fête diffusées sur les réseaux sociaux accentuent parfois le sentiment d'échec chez certains jeunes.
Adam, 20 ans, qui n'a pas obtenu son diplôme cette année, raconte son expérience. « Quand les résultats sont tombés, j'étais très déçu. En voyant les célébrations partout, je me suis senti découragé. Heureusement, ma famille m'a soutenu et m'a rappelé qu'un échec ne signifie pas la fin de mon parcours. Je vais me préparer pour la prochaine session », témoigne-t-il.
Des enseignants et spécialistes de l'éducation appellent ainsi à promouvoir une culture de la réussite plus équilibrée. Selon eux, célébrer une réussite scolaire est légitime, mais il est tout aussi important d'accompagner les candidats recalés afin d'éviter toute stigmatisation.
Au-delà de la fête, le baccalauréat demeure une étape dans un parcours de vie. Pour de nombreux citoyens, la réussite mérite d'être célébrée, mais sans tomber dans la surenchère ni oublier ceux qui devront poursuivre leurs efforts pour atteindre le même objectif l'année prochaine.