CPD59 : au cœur de la bataille cruciale pour l'avenir du numérique

La 59e session de la Commission sur la population et le développement a exploré les défis numériques mondiaux, soulignant les fractures entre pays riches et pauvres et l'importance d'une technologie inclusive.

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CPD59 : au cœur de la bataille cruciale pour l'avenir du numérique
Vue d'ensemble de la 59e session de la Commission sur la population et le développement (13-17 avril). Photo : ONU Photo/Manuel Elías.

Par Olivier Noudjalbaye Dedingar, Expert consultant international, Ambassadeur Mondial pour la Paix et journaliste indépendant.

Du 13 au 17 avril, les salles voûtées du siège des Nations Unies ont accueilli la 59e session de la Commission sur la population et le développement (CPD59). Cette réunion, loin d'être un simple forum de consensus, s'est transformée en une scène où se joue l'avenir de l'humanité à l'ère numérique.

Sous le thème "Population, technologie et recherche dans le contexte du développement durable", la CPD59 a abordé des questions cruciales qui, autrefois, auraient pu relever de la science-fiction.

Lundi : séance d'ouverture

La vice-secrétaire générale, Amina J. Mohammed, a ouvert les débats en soulignant que la révolution numérique, bien qu'elle ait transformé nos vies, a également creusé le fossé entre riches et pauvres. Elle a présenté des statistiques frappantes : dans les pays à revenu élevé, 93 % de la population est connectée, contre seulement 39 % dans les pays les moins avancés. Dans les pays à faible revenu, seulement 21 % des femmes ont accès à Internet.

« La communauté internationale ne peut se permettre une réponse lente ou fragmentée », a averti Mohammed, soulignant l'importance d'une participation inclusive pour éviter que les biais sexistes ne soient intégrés aux algorithmes.

Mohammed Jallow, vice-président de la Gambie, a prononcé un discours marquant, réfutant l'idée que le progrès technologique est l'apanage de l'Occident. Il a détaillé le premier recensement numérique de la Gambie, illustrant l'importance d'aligner technologies, recherche et politiques centrées sur les personnes.

Mardi : l'application

Mardi, l'attention s'est portée sur les applications pratiques des technologies. Le représentant du Guatemala a décrit un projet utilisant l'analyse géo-spatiale pour identifier des microrégions où les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Cela a permis de déclarer onze municipalités « exemptes de sols en terre battue », transformant ainsi la vie de 50 000 familles.

Adriana Turkova, étudiante tchèque, a souligné que l'accès à la technologie ne garantit pas l'accès aux soins, rappelant qu'un système numérique sans personnel qualifié est un gaspillage de ressources.

Mercredi : la fracture

Mercredi, la discussion a glissé vers le conflit. Une représentante du Liban a décrit les défis de son pays, où les déplacements de population sont fréquents. Elle a souligné que le développement commence lorsque la survie n'est plus un combat quotidien.

L'Iran a accusé les États-Unis et Israël de crimes de guerre, ce qui a été fermement rejeté par ces derniers. Cet échange a mis en lumière le paradoxe de l'ère 2026, où la même technologie peut à la fois sauver et détruire.

Jeudi : l’angle mort

Jeudi, la Commission a été alertée sur une baisse de 12,6 % de l’aide mondiale pour les questions de population. Natalia Kanem et ses collègues ont souligné l'importance des données comme infrastructures essentielles.

Le débat a ravivé des divisions, certains craignant que les tendances démographiques soient instrumentalisées pour des politiques de fécondité correctives.

Vendredi : l’impasse

La dernière journée a vu l'adoption du thème de la prochaine session, mais l'échec à adopter une résolution sur la technologie et le développement durable. Un bloc de pays a exprimé son regret face à cet échec, tandis que d'autres ont défendu leur droit souverain à interpréter les recommandations.

Clôture

Natalia Kanem a conclu en soulignant que l'absence de document final n'atténue pas l'urgence des travaux à mener. Elle a dédié la session à Emmanuel, un garçon de 13 ans, rappelant que derrière chaque donnée se cachent des vies humaines.

Des participants lors de la 59e session de la Commission sur la population et le développement (13-17 avril). Photo : ONU Photo/Manuel Elías.
Des participants lors de la 59e session de la Commission sur la population et le développement (13-17 avril). Photo : ONU Photo/Manuel Elías.