Crise de l'éducation au Tchad : le ras-le-bol des enseignants face à la dégradation des conditions de travail

À N'Djamena et en province, la dégradation des conditions de travail des enseignants tchadien alimente une insatisfaction croissante. Entre classes surchargées et salaires gelés, les professionnels réclament des réformes urgentes.

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Crise de l'éducation au Tchad : le ras-le-bol des enseignants face à la dégradation des conditions de travail
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Par Abdelaziz Oumar

À N'Djamena comme dans d'autres provinces du pays, la dégradation des conditions de travail des enseignants alimente une insatisfaction croissante. Force est de constater que plusieurs professionnels font face à des difficultés structurelles, à la fois financières, professionnelles et matérielles.

Entre le manque de manuels scolaires et de matériels didactiques, qui contraint les enseignants à improviser et à réduire l'enseignement à une prise de notes fastidieuse sur un tableau parfois usé, les cours sont souvent dispensés sous des paillotes vulnérables aux intempéries ou dans des salles en dur délabrées.

Abdoulaye Mahamat Saleh, enseignant en arabe au Lycée Félix Éboué, estime que les enseignants du secteur public ne seront véritablement satisfaits que lorsque leurs conditions de travail s'amélioreront substantiellement. Il cite notamment le remboursement du demi-salaire retenu sur les émoluments de certains enseignants, la revalorisation des rémunérations, ainsi que le remboursement de primes liées au logement, à la craie et à la documentation, afin de faire face à la hausse du coût de la vie.

Assan Hadji Kalssou, enseignant en anglais au Lycée Féminin Bilingue d'Am-Riguebé, souligne pour sa part la difficulté de gérer des classes de 70, 90, voire 100 élèves : « Dans ces conditions, maintenir la discipline relève de la prouesse et assurer un suivi pédagogique individuel devient tout simplement impossible », a-t-il déclaré.

De son côté, Abdallah Djibrine Adam, enseignant au complexe évangélique La Lumière Universelle, invite le gouvernement à appliquer strictement les actes déjà officialisés. Cela concerne le traitement des actes de carrière (titularisations, avancements, reclassements) et le paiement des rappels de salaires y afférents.

Plusieurs organisations syndicales, notamment le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), exigent la reprise effective du dialogue social. Elles réclament le respect des engagements convenus, l'application intégrale du décret n° 2850 portant statut particulier des personnels de l'enseignement — matérialisée par la signature du protocole d'accord —, le paiement régulier des subsides des maîtres communautaires, ainsi que la levée du moratoire sur les autorisations d'études conformément à la législation en vigueur.

Malgré ces difficultés quotidiennes, ces enseignants réitèrent leur volonté de persévérer avec résilience. Ils témoignent d'un attachement indéfectible à leur mission éducative et à la passion de transmettre leur savoir, convaincus que l'instruction demeure le principal moteur de transformation sociale et économique du pays.

Comme le rappelait l'homme politique Georges Jacques Danton : « Après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple. » Il défendait ainsi l'idée qu'une nation doit investir massivement dans son système éducatif pour garantir l'avenir des générations futures.