Dar-Tama : Le silence assourdissant de N’Djamena, un poison pour la cohésion nationale
En tenant les journalistes tchadiens à l’écart des zones de conflit, le gouvernement crée un cercle vicieux. Sans accès direct aux faits, la presse nationale est condamnée au commentaire ou à la reprise de sources invérifiables.
Dans le jeu complexe de la communication de crise, le silence n’est jamais neutre. Il est soit un aveu d’impuissance, soit un calcul politique risqué. Face aux récents événements tragiques dans le Dar Tama (province du Ouadi Fira), le mutisme de l’exécutif tchadien ne se contente pas de nourrir l’incompréhension ; il devient un véritable poison pour l’unité du pays.
La rédaction
On se souvient encore de l’épisode de Mandakaou en mai 2025. À l’époque, la machine de communication gouvernementale tournait à plein régime. L'ancien ministre de la Communication, multipliait les interventions, usant d’une éloquence théâtrale pour rassurer l’opinion. Aujourd'hui, le contraste est saisissant. Malgré le déplacement du Vice-Premier ministre sur le terrain au Ouadi Fira, un geste qui atteste de la gravité de la situation, aucune parole forte n'est venue de N’Djamena pour cadrer le récit national. Pourquoi cette discrétion ? Ce décalage entre l’activisme sécuritaire sur le terrain et la paralysie communicationnelle à la capitale laisse un vide dangereux.
En communication, la nature a horreur du vide. Là où le gouvernement se tait, la rumeur devient la vérité par défaut. Sans version officielle claire, les allégations les plus inflammables circulent, notamment celles concernant la présence supposée de soldats soudanais sur le sol tchadien.
C’est ici que l’aspect diplomatique entre en jeu. Le silence de N’Djamena vis-à-vis de son voisin soudanais est perçu comme une marche sur des œufs. En évitant de clarifier l'implication ou non de forces étrangères, le pouvoir alimente les tensions identitaires. Le citoyen tchadien, réduit à s’informer via des médias internationaux ou des réseaux sociaux souvent partisans, finit par se demander si la souveraineté nationale n'est pas en train d'être négociée en coulisses au détriment de la sécurité des populations locales.
En tenant les journalistes tchadiens à l’écart des zones de conflit, le gouvernement crée un cercle vicieux. Sans accès direct aux faits, la presse nationale est condamnée au commentaire ou à la reprise de sources invérifiables.
C’est un pari risqué : en privant les médias locaux d'information, le pouvoir les pousse indirectement vers des discours clivants, pour ensuite les accuser de « désinformation ». Pourtant, la presse nationale devrait être vue comme un partenaire de la paix, capable de contextualiser les drames et de désamorcer les passions, plutôt que comme un adversaire à éviter.
La cohésion nationale ne peut se construire sur des non-dits ou des arrangements diplomatiques occultes. Le mutisme actuel n'est pas de la prudence, c'est une démission devant le devoir de transparence.
Pour sauver la paix sociale, le porte-parole du gouvernement doit impérativement organiser un accès presse encadré au Dar Tama, à l'instar de ce qui fut fait pour Mandakaou.
Le silence du ministre de la Communication face à la crise au Dar Tama, contraste avec l'activisme passé du gouvernement lors d'événements similaires comme Mandakaou et alimente les spéculations qui fragilisent la cohésion nationale. Alors que le Président de la République serait sur le terrain depuis le mardi 28 avril 2026, l'absence de déclaration officielle et de relais médiatique national encadré sur place laisse le champ libre aux rumeurs.
Il est temps de donner à voir la réalité et d’assumer une communication de responsabilité. Car à force de vouloir étouffer l'incendie par le silence, on risque de laisser les braises consumer les fondements mêmes de notre vivre-ensemble.