De mentor à rival : l’amitié brisée au sommet sénégalais

La rupture entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye illustre la fragilité des alliances politiques au Sénégal, transformant l'espoir de 2024 en une confrontation ouverte au sommet de l'État.

Partager
De mentor à rival : l’amitié brisée au sommet sénégalais

Par Barra Lutter

Au Sénégal, la révolution promise par le duo Ousmane Sonko–Bassirou Diomaye Faye s’est heurtée à une vérité ancienne : les alliances forgées dans l’opposition résistent rarement à l’exercice du pouvoir. Vendredi soir, la rupture a cessé d’être une rumeur pour devenir un spectacle national. En limogeant son Premier ministre quelques heures après avoir été publiquement contredit à l’Assemblée nationale, le président sénégalais a officialisé l’implosion du tandem qui incarnait l’espérance de 2024.

L’histoire a quelque chose de tragique. Empêché de briguer la magistrature suprême par le régime de Macky Sall, emprisonné, affaibli mais toujours populaire, Ousmane Sonko avait choisi Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Un choix présenté à l’époque comme un acte de fidélité politique et de sacrifice personnel. Grâce à Sonko, Faye est devenu président. Grâce à Faye, Sonko pensait gouverner sans porter le costume présidentiel. Le calcul semblait parfait.

Mais le pouvoir ne partage jamais longtemps son trône.

Derrière les sourires de campagne se cachait une ambiguïté dangereuse : qui dirigeait réellement le Sénégal ? Le président légalement élu ou le chef politique qui l’avait porté au sommet ? Très vite, les rivalités d’influence ont remplacé la fraternité révolutionnaire. Les déclarations musclées de Sonko, ses rappels constants de sa légitimité populaire et ses critiques à peine voilées du fonctionnement du pouvoir ont progressivement transformé la coexistence en duel permanent.

En évoquant même le retrait du Pastef du gouvernement, Sonko avait déjà signé l’acte de défiance. Le divorce n’était plus idéologique ; il était devenu personnel, presque existentiel. Car dans les palais présidentiels africains, il n’y a jamais de place durable pour deux soleils.

Jean-Paul Sartre écrivait que l’exercice du pouvoir condamne les hommes aux « mains sales ». Le philosophe avait vu juste. Ceux qui promettaient de nettoyer la politique sénégalaise découvrent aujourd’hui que le pouvoir salit aussi les fidélités. Sonko voulait rester le mentor indispensable ; Faye veut désormais exister sans tuteur.

Le Sénégal assiste ainsi à une scène classique des révolutions politiques : le père politique devient l’adversaire à abattre. Et souvent, les guerres entre héritiers déçus sont les plus brutales.