Décentralisation au Tchad : Albert Pahimi Padacké dénonce la centralisation excessive
Albert Pahimi Padacké critique la centralisation excessive au Tchad, appelant à des réformes pour renforcer l'autonomie provinciale et briser la résistance de l'État central.
Par Temandang Gontran
L'ancien Premier ministre et actuel sénateur a animé une conférence-débat ce vendredi 29 mai 2026, très suivie sur le rôle des conseils provinciaux. Tout en reconnaissant le potentiel de la gouvernance locale, le leader du RNDT-Le Réveil a dénoncé la rigidité d’un État central qui peine à lâcher prise.
L’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’École Nationale d’Administration (ENA) a fait le plein de cadres, d’étudiants et d’acteurs politiques. Tous étaient venus assister à la conférence-débat animée par Albert Pahimi Padacké, figure majeure de la scène politique tchadienne, président du parti RNDT-Le Réveil et sénateur. Le thème choisi, particulièrement d'actualité, touchait au cœur de la refondation institutionnelle du pays : « De la décentralisation dans la dynamique du développement : cas des conseils provinciaux ».
Pendant plus de deux heures, l’ancien Premier ministre a partagé son analyse de la situation, mêlant rigueur technique et franchise politique. Si le Tchad s’est officiellement engagé sur la voie de la régionalisation et de la décentralisation, la réalité sur le terrain reste, selon lui, bien en deçà des ambitions affichées.
Les atouts théoriques d’un développement à la base
D’entrée de jeu, le conférencier a rappelé que la décentralisation ne manque pas d'atouts. Elle demeure l'outil par excellence pour rapprocher l'administration des administrés, libérer les initiatives locales et garantir une redistribution plus équitable des richesses nationales. À travers le prisme des conseils provinciaux, Albert Pahimi Padacké a exposé comment une gestion autonome permettrait de répondre avec plus de pertinence et de rapidité aux urgences sociales, qu'il s'agisse d'éducation, de santé ou d'infrastructures de base.
Pour lui, le développement du Tchad ne pourra se faire de manière harmonieuse si chaque décision, même mineure, doit continuer à être arbitrée depuis les bureaux feutrés des ministères de la capitale.
Le verrou de la « centralité verticale »
Cependant, le diagnostic posé par le sénateur met en lumière un paradoxe tchadien : l'existence d'un cadre légal de décentralisation face à une pratique qui demeure profondément jacobine. Albert Pahimi Padacké a longuement insisté sur ce qu’il qualifie de « résistance de la centralité verticale de l’État ».
Selon l'analyse du leader du RNDT-Le Réveil, l'administration centrale oppose une résistance passive mais farouche au transfert effectif des compétences et, surtout, des ressources financières. Les conseils provinciaux se retrouvent ainsi installés, mais dépourvus des moyens réels de leur politique, subissant la tutelle étouffante d'un pouvoir central qui peine à abandonner ses prérogatives historiques. « Une décentralisation sans autonomie financière n'est qu'une illusion administrative », a laissé entendre le conférencier en substance.
Pour un véritable transfert de pouvoir
Face à ce constat, la conférence a rapidement pris les contours d’un plaidoyer pour des réformes courageuses. Albert Pahimi Padacké a appelé à une prise de conscience collective et à une volonté politique ferme afin de briser cette verticalité qui paralyse les provinces. Pour que la dynamique de développement s'enclenche, il exhorte l'État à faire confiance aux élus locaux et à transformer les conseils provinciaux en véritables moteurs économiques autonomes, plutôt qu'en simples courroies de transmission de la capitale.
Les riches échanges qui ont suivi avec le public, composé notamment de futurs hauts fonctionnaires de l'ENA, ont démontré que la question de la gouvernance locale reste l'un des chantiers les plus attendus et les plus sensibles de l'architecture institutionnelle du Tchad.