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Diplomatie tchadienne : Le jeu des chaises musicales à l’épreuve des secousses géopolitiques et de la sécurité intérieure

La nomination du Général Ahmat Kogri à la tête de la diplomatie tchadienne illustre l'instabilité ministérielle et le virage sécuritaire de N'Djamena face aux crises régionales.

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Diplomatie tchadienne : Le jeu des chaises musicales à l’épreuve des secousses géopolitiques et de la sécurité intérieure
Le ministère tchadien des Affaires étrangères.

Par Abakar Adoum N'Gaye

Le décret No 2201/PR/PM/2026, publié ce 21 septembre 2026, marque une nouvelle étape dans le paysage diplomatique tchadien. En remplaçant M. Abdoulaye Sabre Fadoul par M. Ahmat Kogri au poste de ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, de l'Intégration africaine et des Tchadiens de l'étranger, la présidence illustre la forte instabilité qui caractérise la tête de la diplomatie tchadienne ces dernières années.

Cinq ministres se sont succédé au département des Affaires étrangères depuis mai 2021 : Chérif Mahamat Zene, Mahamat Saleh Annadif, Abderaman Koulamallah, Abdoulaye Sabre Fadoul et désormais le Général Ahmat Kogri. Cette rotation accélérée soulève des interrogations sur la stratégie globale de N'Djamena et traduit des ajustements dictés par une conjoncture régionale et intérieure complexe.

L’ombre de la crise soudanaise et le flou stratégique

Le conflit en cours chez le voisin soudanais constitue l'un des défis sécuritaires et diplomatiques les plus pressants pour le Tchad. En raison de sa position géographique et des liens communautaires transfrontaliers, le pays subit de plein fouet l'impact humanitaire et sécuritaire de cette guerre. Les soupçons récurrents et les tensions diplomatiques régionales quant au niveau de neutralité du Tchad imposent des recadrages réguliers à la tête du ministère, afin de préserver l'équilibre fragile de l'État.

Le repositionnement vis-à-vis des partenaires traditionnels et de l'AES

Le paysage diplomatique en Afrique de l'Ouest et au Sahel subit une mutation profonde. Alors que la France redéfinit sa présence militaire et stratégique dans la région, le Tchad réajuste lui aussi son partenariat avec Paris. Parallèlement, l'émergence de l'Alliance des États du Sahel (AES) crée une nouvelle dynamique. N'Djamena doit naviguer entre la préservation de ses alliances historiques et la nécessité de ne pas s'isoler face au bloc souverainiste sahélien, cherchant un équilibre délicat entre pragmatisme sécuritaire et diplomatie multilatérale.

La primauté de la sécurité et des arbitrages de politique intérieure

La nomination d'Ahmat Kogri, figure centrale du renseignement et des affaires stratégiques militaires — ancien patron de l'ANS/ANSE et conseiller aux affaires internationales —, témoigne d'une sécurisation croissante de la diplomatie tchadienne. Dans un contexte où les enjeux extérieurs menacent directement la stabilité interne, la gestion du ministère est confiée à des profils issus de l'appareil sécuritaire. Ce choix privilégie une approche directe des dossiers internationaux plutôt qu'une vision strictement académique.

Ce remaniement successif reflète la recherche constante d'un cap diplomatique adapté aux tensions sécuritaires environnantes et aux réalités politiques de N'Djamena. La nomination d'Ahmat Kogri saura-t-elle stabiliser le gouvernail de la diplomatie tchadienne ou s'agit-il d'un simple ajustement conjoncturel ?

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