Don de sang au Tchad : un appel urgent à la solidarité nationale

Le Tchad fait face à une pénurie critique de sang, avec seulement 3,42 % de dons volontaires. Les autorités et journalistes appellent à une mobilisation nationale pour sauver des vies.

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Don de sang au Tchad : un appel urgent à la solidarité nationale

Par Ahmad Youssouf Ali

Avec 20 millions d’habitants, le Tchad aurait besoin de 200 000 à 400 000 poches de sang par an. En 2025, seules 130 163 ont été collectées. Plus alarmant encore : les dons volontaires ne représentent que 3,42 % du total. Un cri d’alarme lancé par les autorités sanitaires et l’Union des journalistes du Tchad (UJT).

Le constat est sans appel. Derrière ces chiffres se cache une réalité quotidienne dans les hôpitaux tchadiens : des malades, des accidentés, des femmes en couches ou des drépanocytaires peinent à trouver du sang pour survivre.

Présent lors d’une rencontre avec des journalistes dans le cadre de la politique multisectorielle du ministère de la Santé publique et de la Prévention, Abakar Lol Maloum, directeur général adjoint du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), a dressé un état des lieux alarmant.

Un réseau existant, mais une culture du don fragile

Le Tchad dispose pourtant d’un dispositif non négligeable. La première banque de sang a vu le jour dès 1972 à l’Hôpital Général de Référence Nationale de N’Djamena. Le CNTS a été créé par la loi n° 027/PR/96 du 11 octobre 1996. Dans la capitale, cinq structures assurent la transfusion : le CNTS, l’unité de la HATC, le Bon Samaritain de Walia, l’Hôpital de refondation et l’hôpital du district de Toukra. À l’intérieur du pays, le réseau compte 21 unités provinciales et 69 banques de sang dans les hôpitaux de district.

Mais l’infrastructure ne suffit pas quand la culture du don reste faible. « Dans notre entourage proche, la participation au don de sang est très limitée, que ce soit lors des campagnes ou en situation d’urgence », regrette Abakar Lol Maloum.

À plusieurs reprises, des familles ont vécu des situations critiques face à la pénurie de donneurs. « Se procurer du sang devenait un véritable parcours du combattant », souligne-t-il.

Des chiffres qui interpellent

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 1 à 2 % de la population devrait donner son sang volontairement pour garantir l’autosuffisance. Appliqué au Tchad (20 millions d’habitants), cela représente 200 000 à 400 000 poches par an.

Or, en 2025, seulement 130 163 dons ont été enregistrés, avec à peine 4 467 donneurs volontaires sur ce total, soit 3,42 %.

Autrement dit, la quasi-totalité des dons provient de transfusions familiales ou de remplacements, un système fragile et injuste.

Peurs, croyances et méconnaissance

Parmi les freins identifiés, le directeur général adjoint du CNTS pointe les craintes et idées reçues : peur de s’affaiblir, croyances diverses, méconnaissance du processus.

« Ces observations nous ont conduits à nous interroger, en marge des activités commémoratives de la Journée mondiale de la liberté de la presse avec les responsables de l’UJT, sur les causes profondes de cette réticence et à vouloir explorer les déterminants socioculturels qui influencent le comportement des individus face au don de sang », explique-t-il.

Les journalistes en première ligne

Face à cette situation sanitaire préoccupante, Abbas Mahamoud Tahir, président de l’Union des journalistes du Tchad (UJT), a souligné le rôle fondamental de la presse :

« Dans nos structures sanitaires, de nombreux patients — femmes enceintes, enfants, accidentés et personnes atteintes de maladies graves — dépendent des transfusions sanguines pour survivre. Pourtant, les besoins restent très élevés alors que les réserves disponibles demeurent insuffisantes. »

Pour le président de l’UJT, les journalistes ne doivent pas se contenter de relayer l’information. « Nous sommes appelés à informer, éduquer et mobiliser les citoyens afin de promouvoir la culture du don volontaire de sang, un geste simple mais d’une immense portée humaine et sociale. »

Il a également insisté sur le devoir des médias de lutter contre les fausses informations et les préjugés liés au don de sang, de donner la parole aux spécialistes et de mettre en lumière les besoins réels des centres de transfusion.

« À travers nos reportages, émissions, articles et débats, nous pouvons encourager un véritable élan de solidarité nationale et contribuer à sauver des vies », a-t-il ajouté.

Appel à une mobilisation nationale

Pour Abakar Lol Maloum, les journalistes et communicateurs ont un rôle clé à jouer : informer, rassurer et faire reculer les idées fausses. « Le don de sang est un acte vital, indispensable pour sauver des vies », rappelle-t-il, en appelant à une mobilisation nationale.