Éducation des filles au Tchad : un droit encore freiné par la pauvreté et les mariages précoces

L'accès des filles à l'éducation au Tchad reste un défi majeur, entravé par la pauvreté et les mariages précoces. Investir dans leur éducation est crucial pour le développement du pays.

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Éducation des filles au Tchad : un droit encore freiné par la pauvreté et les mariages précoces

Par Khadidja Oumar Abdoulaye

Malgré des progrès récents, l'accès des filles à l'éducation reste un défi majeur au Tchad. La pauvreté, les mariages et grossesses précoces, l'éloignement des écoles et les inégalités sociales continuent de compromettre leur parcours scolaire. Pourtant, investir dans l'éducation des filles est l'un des moyens les plus efficaces pour accélérer le développement du pays.

L'éducation est un droit fondamental reconnu par la Constitution tchadienne et par les conventions internationales ratifiées par le Tchad. Cependant, dans de nombreuses localités, ce droit reste difficile à exercer pour les filles.

Selon l'UNESCO, la situation est préoccupante. Le taux d'achèvement du primaire est de 38 % chez les filles, contre 49 % chez les garçons. Au premier cycle du secondaire, seulement 14,1 % des filles terminent leurs études, contre 24,2 % des garçons. Le taux brut de scolarisation au secondaire est estimé à 18 % pour les filles, contre 30 % pour les garçons.

Les obstacles sont multiples. La pauvreté pousse certaines familles à privilégier la scolarisation des garçons. Les mariages et grossesses précoces restent des causes importantes d'abandon scolaire. D'après l'UNICEF, 55 % des femmes âgées de 20 à 49 ans au Tchad étaient mariées avant 18 ans, compromettant fortement la poursuite des études des adolescentes.

Pour les spécialistes de l'éducation, maintenir une fille à l'école a des effets durables sur toute la société. L'UNESCO souligne qu'une meilleure éducation des filles réduit les risques de mariage précoce, améliore la santé des familles, favorise l'autonomisation économique des femmes et contribue à la croissance du pays.

Ces dernières années, le gouvernement et ses partenaires ont renforcé leurs interventions. L'UNICEF indique avoir soutenu l'accès à une éducation de qualité pour plus de 216 000 élèves, dont près de 100 000 filles, grâce à la construction de salles de classe, de latrines, de points d'eau et à l'appui apporté aux enseignants.

« J'aime aller à l'école parce que je veux devenir enseignante. Mais il arrive que mes parents aient des difficultés à payer les fournitures scolaires », confie une élève de troisième rencontrée à N'Djamena.

« Aujourd'hui, beaucoup de familles comprennent que l'éducation d'une fille est un investissement pour toute la famille. Mais les difficultés économiques restent un obstacle », explique un père de famille.

« Nous constatons des progrès, mais beaucoup de filles abandonnent encore avant le secondaire. Il faut renforcer la sensibilisation des parents et améliorer les conditions d'apprentissage », estime un enseignant du secondaire.

Garantir le droit à l'éducation des filles ne relève pas uniquement de la responsabilité de l'État. Les collectivités, les leaders communautaires, les organisations de la société civile, les partenaires techniques et financiers ainsi que les familles ont tous un rôle à jouer. Faire en sorte que chaque fille reste à l'école, c'est investir dans l'avenir du Tchad et construire une société plus juste, plus prospère et plus résiliente.