Enseignement supérieur au Tchad : les députés interpellent le ministre sur la prolifération des universités privées
Le ministre Sitack Yombatina a été interrogé sur la création et le fonctionnement des universités au Tchad, face à des inquiétudes sur la qualité des formations et la régulation des établissements.
Par Katchibé Mapagne
Face à la représentation nationale, le ministre Sitack Yombatina a été interpellé ce vendredi 15 mai 2026 pour s'exprimer sur la création des établissements d’enseignement supérieur et leurs conditions de fonctionnement. Au cœur des préoccupations des députés : la multiplication des universités et instituts, publics comme privés, les insuffisances constatées sur le terrain et les interrogations sur la qualité réelle des formations délivrées aux étudiants.
Cette audition devant les députés intervient dans un contexte marqué par une forte expansion du secteur de l’enseignement supérieur au Tchad. Depuis plusieurs années, de nombreux établissements privés ont vu le jour pour répondre à une demande croissante d’accès aux études supérieures. Une évolution qui a permis d’élargir l’offre de formation, mais qui soulève également des inquiétudes sur le respect des normes académiques, administratives et pédagogiques.
Les parlementaires ont notamment évoqué les difficultés liées au contrôle des établissements, au manque d’infrastructures adaptées, à l’insuffisance d’équipements pédagogiques, ainsi qu’à la qualification de certains enseignants. Des interrogations ont aussi été soulevées sur des filières parfois non reconnues ou sur la valeur des diplômes délivrés par certains établissements privés.
En réponse, le ministre a rappelé que le secteur est encadré par des textes réglementaires, notamment le décret fixant les conditions de création et de fonctionnement des établissements privés d’enseignement supérieur. Selon lui, ces structures restent placées sous le contrôle de l’État à travers le ministère de tutelle, chargé du suivi, de l’évaluation et du contrôle académique.
« Les textes sont là, tous les textes réglementent l’enseignement privé au Tchad », a affirmé le ministre devant les députés, précisant que des mécanismes existent déjà pour assurer le contrôle des établissements publics et privés.
Toutefois, le membre du gouvernement a reconnu l’existence de plusieurs difficultés structurelles dans le système actuel. Parmi les principales préoccupations soulevées figure la question des disparités entre les diplômes du public et ceux du privé. Le ministre a même parlé d’une « double injustice » subie par les étudiants du privé : des frais de scolarité souvent élevés et des difficultés d’accès à certains concours ou emplois publics.
Selon lui, cette situation crée une forme de discrimination académique et professionnelle entre étudiants issus des établissements publics et ceux du privé, malgré des formations parfois similaires. « L’enseignement n’a pas de visage, il n’a pas de religion, il n’a pas de région », a-t-il déclaré, plaidant pour une égalité des chances entre tous les étudiants tchadiens.
Pour tenter de répondre à ces préoccupations, le ministre a annoncé plusieurs réformes en préparation. Parmi elles figure l’harmonisation des curriculums entre les établissements publics et privés afin d’assurer un contenu pédagogique identique pour certaines filières. Cette réforme devrait, selon lui, faciliter la reconnaissance des diplômes et améliorer l’employabilité des diplômés.
Le gouvernement envisage également d’aller au-delà du système BTS en développant progressivement des licences harmonisées dans les établissements privés et publics. Une orientation qui s’inscrit dans la logique du système LMD et qui vise à réduire les écarts de qualification entre les différentes institutions.
Autre mesure évoquée : le renforcement de la tutelle académique des établissements privés par les universités publiques. L’objectif serait de garantir davantage la qualité des formations, des diplômes et de la recherche scientifique.
Cette audition parlementaire met en lumière les défis auxquels fait face l’enseignement supérieur tchadien : concilier l’augmentation de l’offre de formation avec l’exigence de qualité académique. Entre besoin croissant d’accès à l’université, contrôle des établissements et reconnaissance des diplômes, le gouvernement est désormais attendu sur la mise en œuvre concrète des réformes annoncées.