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# Entreprendre au Tchad : pourquoi les jeunes créent mais peinent à grandir
- URL: https://www.alwihdainfo.com/entreprendre-au-tchad-pourquoi-les-jeunes-creent-mais-peinent-a-grandir/
- Published: 2026-09-03T16:15:45.000Z
- Updated: 2026-09-03T16:15:44.000Z
- Description: Au Tchad, l'entrepreneuriat des jeunes est un refuge face au chômage, mais la transition entre la création d'une petite activité et le développement d'une PME pérenne reste semée d'embûches.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Tchad, ANALYSE

Au Tchad, l'entrepreneuriat est devenu le refuge d'une jeunesse confrontée au chômage et à la rareté des emplois formels. Chaque année, des centaines de jeunes lancent des commerces, des restaurants, des ateliers, des services numériques, des entreprises de transport ou des activités de transformation. Les idées ne manquent pas. L'ambition non plus. Pourtant, entre la création d'une petite activité et la construction d'une véritable entreprise capable de créer des emplois et de conquérir des marchés, le chemin reste particulièrement difficile. Le paradoxe est visible : beaucoup de jeunes parviennent à créer une activité, mais peu réussissent à la faire grandir.

Créer est devenu plus facile que grandir

Aujourd'hui, avec un petit capital, un téléphone et les réseaux sociaux, il est possible de lancer une activité commerciale en quelques jours. Vendre des vêtements, proposer un service de livraison, ouvrir un petit restaurant ou commercialiser des produits en ligne ne nécessite pas toujours de lourdes infrastructures. Mais une entreprise ne devient pas grande simplement parce qu'elle existe.

Le véritable défi commence après les premiers mois. Il faut trouver de nouveaux clients, gérer la concurrence, payer les charges, constituer des stocks, recruter du personnel et investir dans le développement. C'est précisément à ce stade que de nombreuses jeunes entreprises stagnent ou disparaissent.

Au Tchad, entreprendre reste souvent une aventure individuelle. Le jeune entrepreneur est à la fois directeur, comptable, commercial, gestionnaire et parfois même livreur. Cette absence de structuration limite considérablement les possibilités de croissance.

Le financement, premier mur de l'entrepreneur

L'accès au financement demeure l'un des principaux obstacles. Les banques demandent généralement des garanties que les jeunes entrepreneurs ne possèdent pas : biens immobiliers, cautions solides, historique bancaire ou capacité financière démontrée. Or, beaucoup de jeunes commencent justement parce qu'ils ne disposent ni de patrimoine ni d'emploi stable.

Le résultat est un cercle vicieux : pour obtenir un crédit, il faut déjà avoir des garanties ; mais pour développer son entreprise et acquérir ces garanties, il faut d'abord obtenir un financement.

Face à cette situation, beaucoup se tournent vers la famille, les amis ou les tontines. Ces solutions permettent de démarrer, mais restent insuffisantes pour financer une véritable phase de croissance. Le problème n'est donc pas seulement de financer la création d'entreprise, mais surtout son développement.

Une fiscalité et une administration sources d'obstacles supplémentaires

Une entreprise qui commence à émerger entre rapidement dans un environnement administratif complexe. Formalités, impôts, taxes, déclarations et diverses obligations peuvent décourager les entrepreneurs les moins préparés.

Le sentiment est parfois paradoxal : lorsqu'une activité reste petite et informelle, elle survit plus facilement. Mais dès qu'elle cherche à se formaliser et à grandir, les charges augmentent. Cette situation peut pousser certains entrepreneurs à rester volontairement dans l'informel pour éviter des coûts supplémentaires. Pourtant, une entreprise informelle aura davantage de difficultés à obtenir un crédit bancaire, à répondre à de grands marchés ou à attirer des investisseurs.

Le défi consiste donc à construire une fiscalité progressive, adaptée à la taille et au niveau de maturité des entreprises.

Le manque d'accompagnement après la création

Le Tchad ne manque pas nécessairement de programmes destinés à encourager l'entrepreneuriat. Des formations, concours et projets d'appui sont régulièrement organisés par l'Office national pour la promotion de l'emploi (ONAPE) et d'autres organisations. Mais un problème demeure : beaucoup d'accompagnements s'arrêtent après la remise d'un certificat ou d'un petit financement. Or, l'entrepreneur a surtout besoin d'être soutenu dans la durée.

Créer une entreprise demande quelques semaines. La faire survivre demande plusieurs années. Gestion financière, marketing, négociation commerciale, ressources humaines, fiscalité et stratégie de croissance sont autant de domaines dans lesquels les jeunes entrepreneurs ont besoin d'un accompagnement permanent.

Des marchés encore trop limités

Autre difficulté : la taille du marché. Une entreprise peut proposer un bon produit sans pour autant trouver suffisamment de clients pour grandir. Le pouvoir d'achat reste limité et la concurrence du secteur informel est forte. À cela s'ajoutent les difficultés de transport, les coûts logistiques et parfois l'accès restreint aux marchés régionaux.

Pour grandir, les entreprises tchadiennes doivent donc apprendre à regarder au-delà de leur quartier, de leur ville et même des frontières nationales. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait, à terme, offrir de nouvelles opportunités. Mais encore faut-il préparer les PME à produire selon des normes compétitives et à accéder à ces marchés.

Faire émerger une entreprise : une solution en cinq étapes

Pour accompagner véritablement les jeunes entreprises, le Tchad pourrait mettre en place un programme national d'accélération des PME autour de cinq piliers :

1\. Identifier les entreprises à potentiel : Toutes les activités ne nécessitent pas le même accompagnement. Il faut sélectionner les structures capables de créer des emplois, d'innover ou de produire localement.  
2\. Financer la croissance et non seulement le démarrage : Des fonds de garantie publics pourraient permettre aux banques de prendre davantage de risques avec les jeunes entreprises.  
3\. Créer un mentorat obligatoire : Chaque entreprise accompagnée pourrait bénéficier du suivi d'un entrepreneur expérimenté, d'un comptable ou d'un spécialiste du secteur concerné pendant deux ou trois ans.  
4\. Alléger temporairement la fiscalité des entreprises émergentes : Une jeune PME ne devrait pas supporter les mêmes contraintes qu'une grande société déjà installée.  
5\. Ouvrir les marchés : L'État et les grandes entreprises pourraient réserver une partie de leurs commandes aux PME locales compétitives, tout en facilitant leur participation aux foires et marchés régionaux.

Passer de la survie à la croissance

Le véritable enjeu de l'entrepreneuriat au Tchad n'est plus seulement de pousser les jeunes à créer des entreprises ; ils le font déjà. La question est désormais de savoir combien de ces structures survivront cinq ans, combien recruteront et combien deviendront de véritables acteurs économiques.

Une économie ne se transforme pas uniquement avec des milliers de petites activités qui surviennent au jour le jour. Elle se transforme lorsque certaines d'entre elles deviennent des PME solides, puis des entreprises capables d'investir, d'exporter et de créer massivement des emplois.

Au Tchad, il est temps de passer d'une politique de création d'entreprises à une véritable politique de croissance des entreprises. Car encourager un jeune à ouvrir une activité est une première étape. L'aider à bâtir une entreprise capable de durer serait une véritable révolution économique.