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# Formation professionnelle au Tchad : les leçons inspirantes du Rwanda, du Kenya et du Maroc
- URL: https://www.alwihdainfo.com/formation-professionnelle-au-tchad-les-lecons-inspirantes-du-rwanda-du-kenya-et-du-maroc/
- Published: 2026-08-18T08:55:10.000Z
- Updated: 2026-08-18T08:56:36.000Z
- Description: Face au défi de l'emploi des jeunes, le Tchad peut s'inspirer des modèles de formation professionnelle du Rwanda, du Kenya et du Maroc pour stimuler son économie.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Afrique, Tchad

Face à une jeunesse nombreuse, à un marché de l’emploi encore étroit et à l’insuffisance des compétences techniques, le Tchad doit repenser sa politique de formation professionnelle. Des expériences menées au Rwanda, au Kenya et au Maroc montrent qu’une meilleure connexion entre centres de formation, entreprises et besoins de l’économie peut transformer la jeunesse en véritable moteur du développement.

Au Tchad, la question de la formation professionnelle ne peut plus être considérée comme une simple alternative aux études générales. Elle constitue désormais un enjeu économique et social majeur. Dans un pays où une grande partie de la population est jeune, la capacité à former des techniciens, des artisans qualifiés, des agriculteurs modernes, des informaticiens, des mécaniciens, des électriciens ou encore des entrepreneurs déterminera largement la capacité du pays à créer des emplois et à diversifier son économie.

Le défi est d’autant plus urgent que les indicateurs restent préoccupants. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), plus de la moitié des jeunes dans des pays comme le Tchad n’ont pas achevé le primaire, ce qui limite leur accès aux compétences fondamentales nécessaires à l’emploi. À l’échelle africaine, environ 70,9 millions de jeunes n’étaient, en 2025, ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le Tchad n’est toutefois pas condamné à subir cette situation. Plusieurs pays africains ont engagé des réformes dont certaines peuvent constituer des sources d’inspiration.

**Rwanda : faire de la formation technique un instrument de transformation économique**

Au Rwanda, la formation technique et professionnelle, connue sous le nom de TVET, est progressivement placée au cœur de la stratégie de développement. Le pays cherche notamment à rapprocher les formations des besoins réels de son économie.

En 2025, le gouvernement rwandais réaffirmait son ambition d’augmenter la proportion d’élèves orientés vers le TVET jusqu’à au moins 60 %. Des initiatives comme les Skills Challenges permettent aux jeunes de mettre en pratique leurs connaissances et de valoriser les compétences techniques auprès du public et des employeurs.

Le Rwanda mise également sur la création de centres d’excellence, la numérisation des programmes et le renforcement des partenariats avec les entreprises. L’objectif est clair : ne plus concevoir la formation uniquement à partir de ce que les établissements peuvent enseigner, mais également à partir de ce dont l’économie a besoin.

Pour le Tchad, cette expérience offre une première leçon : la formation professionnelle doit être intégrée à la politique économique nationale. Les secteurs considérés comme prioritaires – tels que l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire, l’énergie solaire, la construction, la mécanique, le numérique, le froid et la climatisation, le tourisme et les services – devraient disposer de filières adaptées et régulièrement actualisées.

**Kenya : quand l’entreprise entre dans la salle de classe**

Le Kenya apporte une autre expérience particulièrement intéressante : celle de la formation en alternance.

Le pays a progressivement développé une approche dite Dual TVET, qui associe l’apprentissage dans les établissements à une expérience concrète en entreprise. Selon le ministère kényan de l’Éducation, le modèle de formation duale a été adopté à partir de 2024-2025\. Il était alors déployé dans 65 établissements, avec 7 876 apprenants et 2 583 entreprises partenaires.

Cette approche répond à un problème bien connu : celui des jeunes qui sortent d’une formation avec un diplôme mais sans expérience professionnelle.

Le principe est relativement simple : une partie du temps est consacrée aux enseignements théoriques et pratiques dans le centre de formation, tandis qu’une autre partie se déroule directement au sein d’une entreprise ou d’un atelier. Le jeune apprend ainsi dans les conditions réelles du métier.

Pour le Tchad, l’idée pourrait être adaptée au contexte local. Les garages, ateliers de soudure, entreprises du bâtiment, exploitations agricoles, hôtels, sociétés informatiques, entreprises énergétiques et petites industries pourraient devenir de véritables lieux d’apprentissage.

Le pays dispose déjà d’une expérience encourageante. Un programme d’apprentissage soutenu par la Banque mondiale avait permis à des centaines de jeunes Tchadiens de se former dans des domaines comme la coiffure, la couture, l’électricité, l’hôtellerie, la mécanique et la menuiserie, grâce à un réseau de plus de 250 entrepreneurs locaux. Quelque 8 000 jeunes s’étaient inscrits en seulement deux jours lors du lancement du programme.

Ce résultat montre une chose essentielle : la demande de formation existe. Le véritable défi est désormais de passer de projets ponctuels à un système national durable.

**Maroc : changer d’échelle et adapter les formations aux besoins des territoires**

Le Maroc offre, pour sa part, un exemple de changement d’échelle. Son Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) dispose d’un vaste réseau d’établissements et développe une offre de formation régulièrement restructurée. Pour l’année 2025-2026, l’OFPPT annonçait une capacité d’accueil de plus de 418 000 places pédagogiques, l’ouverture de 21 nouveaux établissements et une offre comprenant environ 400 filières.

L’une des leçons marocaines pour le Tchad est la nécessité de territorialiser la formation professionnelle. Les métiers enseignés à N’Djamena ne doivent pas nécessairement être les mêmes que ceux proposés à Moundou, Sarh, Abéché, Faya ou dans les zones rurales.

Dans le sud du pays, par exemple, les formations pourraient davantage répondre aux besoins de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de l’élevage et de la transformation des produits locaux. Dans les grandes villes, l’accent pourrait être mis sur le bâtiment, l’électricité, la mécanique, le numérique, les télécommunications, les services et l’entrepreneuriat. Cette logique permettrait d’éviter une formation déconnectée du tissu économique local.

**Le véritable défi tchadien : passer du diplôme à la compétence**

L’une des faiblesses des systèmes de formation professionnelle africains réside précisément dans le décalage entre les programmes et le marché du travail. Une analyse conjointe de l’OIT et de la Banque africaine de développement portant sur plusieurs pays africains, dont le Tchad, souligne notamment l’importance de renforcer les liens entre les établissements de formation, les entreprises et les partenaires sociaux.

Le Tchad doit donc changer de paradigme. L’objectif ne devrait plus être seulement de former et délivrer des diplômes, mais de former des jeunes capables de produire, d’entreprendre et de trouver un emploi. Cela implique de revoir les programmes, de moderniser les équipements et surtout de donner une place beaucoup plus importante aux professionnels dans la conception des formations. Un programme de mécanique automobile, par exemple, devrait être régulièrement discuté avec les garagistes et les entreprises du secteur. Il en va de même pour le bâtiment, l’agriculture, l’énergie, l’informatique ou l’hôtellerie.

**Cinq priorités pour le Tchad**

À partir des expériences du Rwanda, du Kenya et du Maroc, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

1\. Créer un véritable système de formation en alternance. Chaque établissement professionnel devrait chercher à établir des conventions avec des entreprises, des ateliers, des exploitations agricoles ou des administrations. L’apprentissage en entreprise ne doit plus être considéré comme un simple stage facultatif, mais comme une composante essentielle de la formation.  
2\. Adapter les secteurs d’avenir. Le Tchad doit anticiper les métiers dont son économie aura besoin demain. L’énergie solaire, l’agro-industrie, l’irrigation, la maintenance des équipements, le numérique, la transformation alimentaire, la construction et les services doivent occuper une place importante.  
3\. Professionnaliser les formateurs. Il ne suffit pas de construire des centres modernes. Il faut aussi disposer de formateurs capables de maîtriser les nouvelles technologies et les méthodes pédagogiques pratiques. Des partenariats avec des pays africains disposant d’une expertise reconnue pourraient permettre des échanges de formateurs et de compétences.  
4\. Mieux reconnaître les compétences acquises dans le secteur informel. Au Tchad, de nombreux jeunes apprennent déjà un métier auprès d’un artisan ou dans une entreprise familiale. Ces compétences devraient pouvoir être évaluées, certifiées et complétées par des formations courtes. Le Kenya développe notamment un système de reconnaissance des acquis de l’expérience, qui peut constituer une source d’inspiration.  
5\. Faire des jeunes des acteurs de la réforme. Les politiques de formation sont souvent conçues sans suffisamment écouter ceux auxquels elles sont destinées. Or, l’OIT recommande désormais de renforcer la participation des jeunes dans la conception et la mise en œuvre des systèmes de formation professionnelle.

**Financer la formation comme un investissement**

La réforme nécessitera naturellement des ressources. Construire des ateliers, acheter des machines, former les enseignants et financer les apprentissages représente un coût important. Mais l’inaction a également un prix : chômage, sous-emploi, pauvreté, migration économique et développement d’activités informelles à faible productivité.

Le Tchad dispose d’ailleurs déjà de programmes sur lesquels construire. En mars 2025, la Banque mondiale a approuvé l’initiative RELANCE, destinée notamment à améliorer l’accès à une éducation de qualité et à renforcer les possibilités d’emploi pour les jeunes vulnérables au Tchad et en Mauritanie. Le projet prévoit notamment des parcours flexibles combinant éducation, formation technique et accès à l’emploi. L’enjeu est donc de mieux coordonner les initiatives existantes, les financements publics et ceux des partenaires au développement autour d’une stratégie nationale claire.

**Former pour produire, produire pour créer des emplois**

Le Tchad n’a pas besoin de copier intégralement le Rwanda, le Kenya ou le Maroc. Les réalités économiques, sociales et démographiques sont différentes. Mais ces expériences montrent une direction commune : la formation professionnelle devient efficace lorsqu’elle est directement connectée à l’économie réelle.

Le Rwanda rappelle l’importance d’en faire un pôle de transformation nationale. Le Kenya montre l’intérêt d’une implication forte des entreprises dans la formation. Le Maroc démontre qu’un réseau structuré et diversifié peut permettre de former des centaines de milliers de jeunes dans des filières adaptées aux besoins de l’économie.

Pour le Tchad, le défi est désormais de transformer ces enseignements en une politique cohérente. Il ne s’agit plus seulement de demander aux jeunes de chercher un emploi, mais de leur donner les compétences qui leur permettront de créer de la valeur, d’intégrer les entreprises et, pour certains, de générer eux-mêmes de l’emploi.

La formation professionnelle pourrait ainsi devenir l’un des grands leviers de la transformation économique du pays, à condition de lui accorder une place stratégique, de la rapprocher des entreprises et de considérer enfin la compétence comme un investissement dans l’avenir du Tchad.