Forum sur la fragilité de la Banque mondiale 2026 : emploi et partenariats au cœur de la stabilité
Le Forum sur la fragilité 2026 de la Banque mondiale a souligné l'importance cruciale de la création d'emplois et des partenariats locaux pour stabiliser les régions fragiles et touchées par les conflits.
Par Olivier Noudjalbaye Dedingar, Expert consultant international, Ambassadeur Mondial pour la Paix et journaliste indépendant.
Le Forum sur la fragilité 2026 de la Banque mondiale s'est conclu cette semaine sur un message clair et urgent des dirigeants mondiaux, des décideurs politiques et des entrepreneurs : sans création d'emplois durable et sans partenariats renforcés, notamment au niveau local, les efforts de stabilisation des régions fragiles et touchées par les conflits seront insuffisants.
Pendant trois jours de tables rondes et de discussions de haut niveau, le Forum a réuni des représentants des gouvernements, du secteur privé et des organisations internationales, afin d'aborder l'un des défis mondiaux les plus pressants : comment sortir les pays des cycles de conflit et les orienter vers la résilience et un développement durable.
Le secteur privé au cœur de la stabilité
Un thème récurrent du Forum a été le rôle indispensable du secteur privé dans la reconstruction des économies sortant d'un conflit. « Les emplois ne viennent que du secteur privé », a déclaré Patrick Achi, ancien Premier ministre de Côte d'Ivoire, soulignant un point de vue repris à plusieurs reprises.
S'appuyant sur l'expérience du redressement de son pays après une crise politique d'une décennie, M. Achi a expliqué comment des investissements stratégiques et le retour de la confiance des investisseurs ont permis de créer près de trois millions d'emplois et d'accroître considérablement les investissements directs étrangers. Son message était sans équivoque : si les gouvernements peuvent créer un environnement favorable, ils ne peuvent à eux seuls générer des emplois à l’échelle requise. « Sans emplois, il n’y a ni paix, ni développement, ni stabilité », a-t-il déclaré.
Entrepreneurs en première ligne
Cette réalité a été mise en lumière par des entrepreneurs opérant dans certains des environnements les plus fragiles au monde.
Basima Abdulrahman, fondatrice et PDG d'une entreprise d'énergie solaire en Irak, a décrit les difficultés rencontrées pour bâtir une entreprise dans un contexte post-conflit. Son entreprise, créée après la défaite de Daech, s'est développée malgré une instabilité persistante, des perturbations des chaînes d'approvisionnement et un soutien institutionnel limité.
« Nous créons des emplois durables, et c'est un investissement pour la stabilité », a-t-elle déclaré. « Quand tout le monde part pendant un conflit, nous sommes là. »
Mme Abdulrahman a souligné que les acteurs du secteur privé opèrent souvent sans filet de sécurité, devant composer simultanément avec des risques politiques, économiques et sécuritaires. Pourtant, leur travail joue un rôle crucial pour empêcher les jeunes de rejoindre des groupes armés, ou de se tourner vers des activités illicites.
De même, Roland Fomundam, fondateur d'une entreprise agricole au Cameroun, a mis en avant des approches novatrices pour impliquer les jeunes dans l'agriculture. En introduisant l'agriculture sous serre, et en créant des centres de formation, son organisation s'efforce de moderniser l'agriculture et de la rendre attractive pour les jeunes générations. « Nous avons dû repenser entièrement l'agriculture », a déclaré Fomundam, soulignant que les méthodes traditionnelles ne séduisent plus les jeunes. Son modèle intègre le financement, la formation et l'accès aux marchés, s'attaquant ainsi simultanément à de multiples obstacles.
L’impératif de l’emploi
Tout au long des discussions, l’emploi est apparu comme la clé de voûte reliant la reprise économique, la stabilité sociale et la paix durable.
Les participants ont souligné un défi démographique imminent, notamment en Afrique, où des centaines de millions de jeunes devraient intégrer le marché du travail dans les décennies à venir. Sans création d’emplois suffisante, ont averti les experts, les États fragiles risquent de sombrer à nouveau dans l’instabilité.
« Une petite somme d’argent entre de mauvaises mains peut entraîner des jeunes dans des conflits », a mis en garde Achi, insistant sur l’importance de proposer des alternatives économiques viables.
Partenariats : du global au local
Si le secteur privé a occupé une place centrale, les intervenants ont souligné qu’aucun acteur ne peut, à lui seul, remédier à la fragilité. Les partenariats, en particulier ceux ancrés dans les communautés locales, ont été identifiés comme essentiels pour amplifier l’impact.
David Miliband, président du Comité international de secours, a souligné l’importance d’impliquer directement les populations touchées. « Les principaux acteurs du changement sont les personnes qui vivent dans ces communautés », a-t-il déclaré, plaidant pour des modèles de développement qui privilégient les connaissances et le leadership locaux. Carl Skau, du Programme alimentaire mondial, a partagé ce point de vue, soulignant que les défis humanitaires se sont considérablement aggravés ces dernières années, des centaines de millions de personnes étant confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Parallèlement, les ressources se raréfient, rendant la collaboration indispensable.
« La seule solution, c'est le partenariat », a déclaré M. Skau. Il a mis en lumière des exemples de partenariats entre des entités du secteur privé et les autorités locales ayant permis une intervention rapide en situation de crise. Ces efforts ont concerné aussi bien la restauration des mécanismes de marché en période d'instabilité que la distribution d'une aide alimentaire d'urgence dans les zones de conflit.
M. Skau a notamment insisté sur le rôle souvent négligé des entreprises locales. « Après une guerre, le marché est le premier à se remettre en marche », a-t-il affirmé, arguant que le soutien aux économies locales est essentiel pour rompre le cycle de dépendance à l'aide humanitaire.
Innovation et prospective
Le Forum a également présenté des outils émergents visant à améliorer la prise de décision dans les contextes fragiles.
Une collaboration entre des institutions universitaires et des organisations de développement a introduit une nouvelle plateforme de données conçue pour anticiper les risques et renforcer la résilience. En combinant l'intelligence artificielle et les données mondiales, cette initiative vise à aider les gouvernements et les institutions à identifier les vulnérabilités avant que les crises ne s'aggravent.
Les intervenants ont souligné qu'anticiper les défis, plutôt que d'y réagir, peut réduire considérablement les coûts humains et financiers.
Un changement de mentalité
Au-delà des solutions spécifiques, le Forum sur la fragilité a mis en évidence la nécessité d'un changement plus global dans la manière d'appréhender la fragilité.
Les participants ont appelé à abandonner les approches cloisonnées au profit de stratégies intégrées combinant aide humanitaire, développement et engagement du secteur privé. Cela implique de repenser les flux de financement, de veiller à ce que les ressources parviennent aux personnes qui en ont le plus besoin et d'aligner les politiques sur les réalités du terrain.
Des entrepreneurs comme Abdulrahman ont lancé un appel direct aux décideurs politiques : créer un environnement favorable et réduire les obstacles bureaucratiques.
« Nous ne demandons pas de financement », a-t-elle déclaré. « Nous demandons un espace pour agir. »
Perspectives d'avenir
Le consensus qui s'est dégagé du Forum était clair : instaurer une paix durable dans des environnements fragiles dépasse le cadre des efforts politiques ou humanitaires ; il s'agit, avant tout, d'un impératif économique.
Pour aller de l'avant, les participants ont mis l'accent sur trois piliers :
● Cultiver des économies locales résilientes.
● Autonomiser les acteurs locaux.
● Développer des partenariats intégrant l'expertise internationale et les savoirs autochtones.
Face à un paysage mondial de plus en plus marqué par les bouleversements climatiques et les troubles violents, l'urgence est plus criante que jamais. Comme l'a souligné un participant : « Il n'y a pas de paix durable sans emplois.»
La voie à suivre, ont convenu les participants, réside dans l'autonomisation des acteurs locaux, le développement d'économies résilientes et la création de partenariats qui conjuguent l'expertise mondiale et les connaissances locales.
Les enjeux sont sans précédent, alors que le monde est confronté à une instabilité croissante, allant des chocs climatiques aux conflits violents.
Et comme l'a résumé un intervenant : « Il n'y a pas de paix durable sans emplois. »
