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Immersion patriotique : et si le Tchad s'inspirait du modèle burkinabé pour sa jeunesse ?

Face aux défis de la construction nationale, le Tchad gagnerait à instaurer une immersion patriotique pour ses jeunes bacheliers, en s'inspirant avec discernement de l'expérience du Burkina Faso.

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Immersion patriotique : et si le Tchad s'inspirait du modèle burkinabé pour sa jeunesse ?

Par Barra Lutter

Au Tchad, l’idée d’une immersion patriotique destinée aux jeunes après l’obtention du baccalauréat mérite d’être examinée avec sérieux. Dans un pays où une partie de la jeunesse réclame davantage de résultats, d’emplois et de perspectives, il devient tout aussi nécessaire de lui faire découvrir les réalités, les défis et les sacrifices qui accompagnent la construction d’une nation, à l'image de ce qui se fait à Ouagadougou.

Le Burkina Faso a fait de la formation patriotique un instrument de responsabilisation de sa jeunesse. Sans reproduire mécaniquement son modèle, le Tchad pourrait s’en inspirer pour construire une formule adaptée à ses propres réalités. Car aimer son pays ne devrait pas être seulement un slogan prononcé lors des cérémonies officielles. Cela doit devenir une pratique, une culture et une responsabilité quotidienne.

Une école de la citoyenneté

Une immersion patriotique après le baccalauréat pourrait constituer une véritable école de la citoyenneté. Pendant plusieurs semaines, les jeunes seraient confrontés aux réalités du pays : histoire nationale, institutions, cohésion sociale, environnement, travail communautaire, premiers secours, culture, agriculture et enjeux liés à la souveraineté économique.

L’objectif ne serait pas de transformer les jeunes en simples exécutants d’un programme institutionnel. Il s’agirait plutôt de leur permettre de comprendre en profondeur le pays qu’ils aspirent à servir.

Comment demander à une génération de défendre et de développer le Tchad si elle ne connaît pas suffisamment son histoire, ses blessures, ses ressources et ses défis ? Comment exiger d’elle de la responsabilité si elle n’a jamais été confrontée aux difficultés quotidiennes vécues par une grande partie de la population ? L’immersion peut précisément tisser ce lien essentiel entre le citoyen et la nation.

Cinq valeurs pour former une génération

Le dispositif pourrait reposer sur cinq valeurs fondamentales : la discipline, la rigueur, le respect des règles, le dépassement de soi et le sens des responsabilités.

La discipline enseigne le respect collectif. La rigueur rappelle que le développement d’un pays ne se construit pas dans l’improvisation. Le respect des règles constitue le socle d’un État de droit. Le dépassement de soi pousse la jeunesse à ne pas céder à la facilité. Quant au sens des responsabilités, il permet de comprendre que les droits des citoyens vont de pair avec des devoirs.

Ces valeurs ne sont pas réservées aux militaires ou aux fonctionnaires. Elles concernent l’étudiant, l’entrepreneur, l’enseignant, l’agriculteur, le journaliste, le sportif et tous ceux qui participeront à l’édification du Tchad de demain.

Connaître le pays pour mieux l’aimer

Il existe également une dimension historique et culturelle à ne pas négliger. Une jeunesse qui connaît l’histoire de son pays est mieux armée pour comprendre les combats menés par les générations précédentes.

Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, le Tchad possède une diversité culturelle et humaine considérable. L’immersion patriotique permettrait à de jeunes bacheliers de sortir de leur environnement habituel, de découvrir d’autres provinces et de rencontrer d’autres communautés.

C’est aussi une manière efficace de combattre les préjugés et les replis identitaires. On ne peut bâtir une nation forte lorsque les citoyens ne se connaissent pas entre eux.

La souveraineté ne se résume pas aux discours politiques, aux frontières ou à l’indépendance économique. Elle repose aussi sur la capacité des citoyens à prendre en main leur destin collectif.

Le Tchad a besoin d’une jeunesse exigeante, certes, mais également consciente de ses devoirs. Une jeunesse qui réclame des résultats doit aussi être prête à participer à l’effort national.

L’immersion patriotique ne doit donc pas être perçue comme une punition ou une parenthèse imposée aux nouveaux bacheliers. Elle pourrait devenir un passage symbolique entre l’adolescence scolaire et la citoyenneté active.

S’inspirer du Burkina Faso ne signifie pas le copier. Cela signifie comprendre qu’un pays ne peut préparer son avenir sans préparer sa jeunesse. Si le Tchad veut véritablement avancer sur le chemin de la souveraineté, il devra investir dans ses infrastructures, son économie et son éducation, mais aussi dans la conscience citoyenne de sa population. Car avant de construire un pays, il faut bâtir des citoyens capables de le servir.

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