Le bétail tchadien s'exporte vivant — et c'est là que le pays perd de l'argent

Taureaux, chameaux, ovins : des dizaines de milliers de têtes de bétail quittent chaque année le Tchad sur pied. Sans transformation locale, le pays cède à d'autres la valeur de sa viande. Un manque à gagner chiffrable, et évitable.

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Le bétail tchadien s'exporte vivant — et c'est là que le pays perd de l'argent

Dans le tableau des dix principaux produits exportés par le Tchad en 2025, entre le pétrole dominant et la gomme arabique discrète, se nichent trois lignes qui racontent à elles seules l'histoire d'une opportunité manquée : 40,6 milliards de FCFA de taureaux non reproducteurs (67 599 têtes), 8,7 milliards de chameaux (15 387 têtes), 7,0 milliards d'ovins (9 411 têtes). Soit plus de 56 milliards de FCFA d'animaux vivants exportés — sans que le Tchad n'ait perçu le moindre centime de valeur ajoutée sur leur transformation.

Car c'est bien là le nœud du problème. Ces animaux traversent les frontières sur leurs quatre pattes, chargés dans des camions ou conduits à travers le désert par des éleveurs nomades. Ils arrivent dans les marchés du Cameroun, du Nigeria, de la Libye ou des pays du Golfe, où ils sont abattus, découpés, conditionnés, vendus. La valeur de la viande, des cuirs, des abats — cette valeur reste à l'étranger.

Un cheptel parmi les plus importants d'Afrique

Le Tchad possède l'un des cheptels les plus importants du continent africain — estimé à plus de 100 millions de têtes toutes espèces confondues (bovins, camelins, ovins, caprins). C'est un capital naturel considérable, fruit de siècles d'élevage pastoral adapté aux conditions sahéliennes. Les races tchadiennes — zébu arabe, chameau méhari — sont reconnues pour leur robustesse et leur qualité bouchère.