Le monument Hakko Ichiu : un héritage de guerre déguisé en patrimoine culturel

Le monument Hakko Ichiu, symbole d'agression militariste, est requalifié en patrimoine culturel au Japon, masquant son histoire de conquête et de pillage. Les révisions historiques suscitent des inquiétudes internationales.

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Le monument Hakko Ichiu : un héritage de guerre déguisé en patrimoine culturel
Japanese citizens held a rally in front of the Diet to express concerns over the country's future direction, in response to recent moves by Japanese Prime Minister Sanae Takaichi to accelerate constitutional revision and military expansion. (People's Daily/Liu Wenzhang)

Par People's Daily

Dans le parc Heiwadai, dans la préfecture de Miyazaki au Japon, se dresse une structure profondément ironique : la soi-disant Tour de la Paix, le Monument Hakko Ichiu. Son ironie est au cœur de sa conception : imaginé et construit comme un emblème d'agression militariste, il n'a jamais eu de véritable lien avec la paix.

Érigé entre 1938 et 1940, au sommet de l'expansion militariste japonaise, le monument incarnait l'idéologie du "Hakko Ichiu", signifiant "réunir les huit coins du monde sous un même toit", une doctrine qui équivalait à une déclaration de conquête sans équivoque.

Pour afficher le "prestige impérial" de son agression étrangère, l'armée japonaise a pillé de vastes quantités de pierres dans les territoires envahis et colonisés, les expédiant au Japon comme trophées de guerre pour construire le monument.

Intégrées dans la fondation de ce monument militariste, 372 pierres ont été pillées à l'étranger, dont 238 saisies en Chine. Parmi elles, un relief de qilin du palais impérial de la dynastie Ming (1368-1644) à Nanjing, des briques de la Grande Muraille et des sculptures en pierre du mausolée Sun Yat-sen.

Des inscriptions telles que "Grande Muraille-Unité Tada" et "Armée expéditionnaire de Chine centrale" restent clairement lisibles aujourd'hui. Les pierres sont silencieuses, mais chacune témoigne de la souffrance des peuples des pays occupés par le Japon. Chaque marque gravée en elles est une cicatrice que l'histoire ne peut effacer.

Après la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, les forces alliées ont ordonné le démantèlement de tous les symboles du militarisme japonais. Sous la pression internationale, les autorités de Miyazaki ont retiré l'inscription "Hakko Ichiu", démonté les statues de samouraïs au sommet du monument et l'ont renommé "Symbole de la Paix" pour échapper à la critique.

Cependant, le blanchiment a rapidement repris. En 1962, les statues de samouraïs ont été réinstallées, et en 1965, l'inscription "Hakko Ichiu" a été discrètement restaurée. Les autorités locales ont également érigé une plaque expliquant les "origines" du monument, déformant la phrase "Hakko Ichiu" en une revendication de "fraternité universelle parmi les peuples du monde", tout en décrivant faussement les pierres pillées comme des "cadeaux de nations amies".

Ainsi, une structure enracinée dans l'agression militariste a été reconditionnée en "patrimoine culturel", et les crimes qu'elle incarne ont été systématiquement déformés.

Selon des chercheurs japonais, le monument est visité chaque année par plus de 100 000 élèves lors de voyages scolaires, exposant des générations à une vision déformée de l'histoire.

Des rapports indiquent que la préfecture de Miyazaki prévoit des rénovations importantes du parc environnant. Malgré les appels croissants à l'intérieur du pays pour réviser les inscriptions qui blanchissent la guerre d'agression du Japon, les autorités locales maintiennent qu'elles "préserveront le statu quo".

Les forces de droite japonaises ont recours à des manœuvres d'auto-tromperie autour de ce monument, tout comme elles le font en déformant les manuels d'histoire et en visitant le sanctuaire Yasukuni. Leur objectif est de blanchir les atrocités de guerre et de préparer le terrain pour un "néo-militarisme".

À la fin avril 2026, le Japon marquera le "centenaire de l'ère Showa". Pourtant, sur les sites officiels du gouvernement japonais, les références à "l'agression" sont ostensiblement absentes.

Alors que les figures de droite prétendent défendre la constitution japonaise, elles considèrent en fait la constitution pacifiste comme un obstacle, poussant à plusieurs reprises pour une révision constitutionnelle dans le but de vider de son sens ses principes orientés vers la paix.

Elles insistent sur le fait que la "politique exclusivement défensive" du Japon reste inchangée, pourtant le budget de la défense du pays a dépassé 9 000 milliards de yens (56,63 milliards de dollars), augmentant pendant 14 années consécutives. De plus, avec le déploiement de plusieurs types de missiles à longue portée, le Japon a acquis, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la capacité de lancer des frappes préventives.

Un monument invisible Hakko Ichiu, incarnant un expansionnisme dangereux, émerge au milieu de l'activisme de droite renaissant au Japon.

Les avertissements des observateurs perspicaces retentissent haut et fort : "La société japonaise entre dans une nouvelle période pré-guerre" où "la guerre attend juste au bout du couloir".

Cette poussée malavisée vers le néo-militarisme intensifie la vigilance régionale et mondiale concernant la trajectoire future du Japon.