Les femmes invisibles des marchés : un double fardeau
Dans les marchés de la capitale, des femmes portent un double fardeau entre commerce et maternité, souvent invisibles et sans protection sociale, mais essentielles à l'économie locale.
Par Barra Lutter
Dans les différents marchés de la capitale, ces femmes sont partout. Derrière les étals de légumes, les sacs de céréales, les bassines de poissons ou les tissus exposés au soleil, elles font vivre une économie entière. Pourtant, leur réalité reste largement ignorée. Entre commerce et maternité, ces femmes portent un double fardeau devenu presque invisible aux yeux de la société. De marchandises à la tête et l'enfant au dos.
Dès l'aube, elles envahissent les marchés avec leurs marchandises sur la tête ou dans des charrettes improvisées. Certaines arrivent avant même le lever du soleil pour espérer vendre quelques produits avant la grande chaleur. D'autres passent toute la journée assises sur des bancs en bois, exposées à la poussière, au bruit et à des températures parfois étouffantes.
Mais derrière chaque vendeuse se cache souvent une mère de famille. Beaucoup doivent nourrir plusieurs enfants, payer les frais scolaires, les soins médicaux et parfois même soutenir un mari sans emploi stable. Le commerce n'est pas seulement une activité économique; il est devenu le pilier silencieux de nombreuses familles.
Le plus frappant est que ces femmes travaillent sans véritable protection. Pas d'assurance maladie, pas de congé maternité, pas de garderie accessible pour les enfants. Dans certains marchés, des bébés dorment directement sous les étals pendant que leurs mères négocient avec les clients. D'autres enfants grandissent presque dans les allées poussiéreuses des marchés, faute d'alternative.
Malgré cette réalité difficile, leur contribution reste sous-estimée. Les politiques publiques parlent souvent de croissance économique ou d'entrepreneuriat féminin, mais très peu des conditions concrètes de ces travailleuses informelles. Pourtant, sans elles, une grande partie de la ville fonctionnerait au ralenti. Elles assurent l'approvisionnement quotidien des ménages, stabilisent les petits commerces et maintiennent une économie de proximité essentielle.
Cette invisibilité traduit aussi une forme d'injustice sociale. Le travail des femmes est souvent considéré comme "naturel", donc peu reconnu. Elles doivent être commerçantes, mères, éducatrices et parfois même seules responsables du foyer, sans véritable soutien.
Dans les marchés, les femmes ne vendent pas seulement des produits. Elles vendent leur endurance, leur patience et leur capacité à résister aux difficultés. Chaque panier porté, chaque journée passée sous le soleil, raconte une lutte silencieuse pour la dignité.
Reconnaître leur rôle ne devrait pas se limiter aux discours officiels lors des journées dédiées aux femmes. Cela suppose des mesures concrètes : des espaces plus sûrs, des infrastructures adaptées, des mécanismes de protection sociale, et surtout une véritable considération pour celles qui font battre le cœur économique des villes africaines.