Mendicité au Tchad : un défi social et économique préocuppant
La mendicité, impliquant étrangers et Tchadiens, s'intensifie dans les espaces publics. Le gouvernement doit agir pour encadrer ce phénomène croissant et protéger les enfants exposés.
Par Idriss Abdelkerim
Dans les quartiers, les marchés et les ronds-points, la mendicité est devenue un phénomène très visible dans notre pays. De nombreux mendiants, qu'ils soient étrangers ou Tchadiens, occupent quotidiennement les espaces publics à la recherche d'une aide financière. Parmi eux, on trouve des personnes venues de différents pays, notamment du Niger, du Nigeria et de la Syrie. Souvent accompagnés de leurs enfants et munis d'une sébile à la main, ils sollicitent l'aide des passants et des automobilistes.
Aux ronds-points de N'Djamena, lorsque le feu tricolore passe au rouge, les mendiants profitent de l'arrêt des véhicules pour s'approcher des voitures et des motos afin d'obtenir quelques pièces ou billets. Cette pratique est devenue courante dans plusieurs carrefours de la capitale.
Selon les informations recueillies auprès d'une mendiante, celle-ci a déclaré : « Je viens du Nigeria pour mendier. Avec le petit argent que je gagne, j'ai construit quatre chambres et j'ai acheté une moto-taxi à trois roues. »
Cette situation soulève de nombreuses interrogations sur l'ampleur de la mendicité et ses conséquences sociales et économiques. Le sujet concerne aussi bien les mendiants étrangers que les mendiants Tchadiens, dont le nombre semble augmenter dans les villes.
Face à ce phénomène, le gouvernement doit prendre des mesures appropriées pour mieux encadrer et réduire la mendicité dans les espaces publics. Cela pourrait passer par le renforcement des contrôles, l'identification des personnes concernées, la mise en place de programmes d'assistance sociale et de formation professionnelle, ainsi que la protection des enfants souvent exposés à cette pratique. L'objectif est de trouver des solutions durables qui préservent la dignité des personnes tout en garantissant l'ordre public.
Plus de 2 millions de personnes déplacées
La mendicité, surtout des enfants (« mahadjirine »), est documentée depuis longtemps à N’Djamena. Elle touche des Tchadiens vulnérables (pauvreté rurale, déplacements internes) et des migrants/réfugiés. Le Tchad accueille plus de 2 millions de personnes déplacées (réfugiés + déplacés internes), principalement du Soudan, de la RCA et du Nigeria. Cela crée une pression sur les ressources urbaines.
Le Tchad, déjà confronté au climat, aux conflits et à la dépendance pétrolière, voit ici un multiplicateur de vulnérabilités. C’est un enjeu de dignité nationale et de cohésion sociale. Des solutions locales (associations, ONG) existent déjà ; elles méritent plus de soutien. Le phénomène reflète avant tout la fragilité du développement, pas une « invasion ».