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# Miss Cameroun 2026 : le paradoxe d'une diaspora performante mais marginalisée
- URL: https://www.alwihdainfo.com/miss-cameroun-2026-le-paradoxe-dune-diaspora-performante-mais-marginalisee/
- Published: 2026-09-21T09:30:00.000Z
- Updated: 2026-09-21T09:29:59.000Z
- Description: Le sacre d'une Miss Cameroun issue de la diaspora relance le débat sur la double nationalité, refusée par Yaoundé malgré la contribution économique majeure des binationaux.
- Author: Alwihda Info
- Tags: POINT DE VUE

**Par Romuald Dzomo Nkongo, expert en développement local, délégué général de Ani-International**

Le 19 septembre dernier, le Cameroun a sacré une Miss Cameroun venue de la diaspora, un symbole fort dans un pays où l’on refuse encore la double nationalité, malgré des promesses répétées depuis 2009\. Ce sacre illustre une réalité que Yaoundé peine à assumer : la diaspora s’incruste avec succès dans les concours nationaux, le sport, l’économie et la culture, alors même que l’État continue de lui refuser un statut juridique à la hauteur de son apport.

Depuis le Code de la nationalité de 1968, hérité du président Ahmadou Ahidjo et maintenu sous Paul Biya, un Camerounais qui acquiert une autre nationalité perd automatiquement la sienne. Cette règle complique concrètement les investissements, les successions, les transactions immobilières et une grande partie des démarches administratives pour des centaines de milliers de binationaux de fait. En 2009, Paul Biya avait promis d’examiner la question de la double nationalité ; seize ans plus tard, rien n’a bougé, et en mars 2026, elle a même été délibérément écartée des chantiers de révision du Code électoral.

Pourtant, la diaspora camerounaise porte une part croissante de l’économie nationale : en dix ans, ses transferts de fonds ont bondi de 157 %, passant de 269 millions de dollars en 2016 à environ 690 millions de dollars (près de 395 milliards de FCFA) en 2025, selon les dernières estimations. D’autres sources situent même ces envois à près de 960 millions de dollars (548 milliards de FCFA) en 2025.

À l’échelle du continent, les transferts de la diaspora vers l’Afrique ont atteint 124 milliards de dollars en 2025, davantage que l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers réunis. Le Cameroun accepte sans distinction ces milliards, encourage les comptes « diaspora » et la mobilisation de l’épargne des non-résidents, tout en évitant soigneusement de légiférer sur une attente forte : la reconnaissance pleine et entière de la double nationalité.

Le contraste est saisissant avec le sport : l’équipe nationale de football est composée à près de 100 % de joueurs issus de la diaspora, célébrés comme des héros nationaux dès lors qu’ils portent le maillot vert-rouge-jaune. Pourquoi ce qui vaut pour le football ne peut-il s’appliquer aux autres secteurs de la société, notamment à une Miss Cameroun qui incarne, elle aussi, une part importante de la jeunesse et de l’image du pays ?

Une partie de la classe politique voit dans la diaspora un réservoir de critiques et de contre-pouvoirs, d’où une méfiance structurelle qui se traduit par le maintien du statu quo juridique. Pendant ce temps, de nombreuses femmes et hommes de l’élite économique, culturelle ou sportive disposent déjà de doubles, voire de triples nationalités, tolérées par les institutions tant qu’elles ne remettent pas en cause l’ordre politique, renforçant le sentiment d’injustice et d’arbitraire.

Il est temps de passer du soft power subi au soft power assumé. Cela commence par une réforme du Code de la nationalité autorisant la double nationalité pour tous les Camerounais, y compris ceux qui ont acquis une autre nationalité après 1968, avec un régime transitoire pour régulariser les situations existantes, en particulier celles des diplômés partis avec des bourses d’État et restés à l’étranger.

Cela suppose aussi de donner un statut institutionnel à la diaspora : un ministère ou une haute autorité chargée de la diaspora, une représentation parlementaire spécifique et des instruments financiers dédiés (obligations diaspora, fonds d’investissement), pour transformer les transferts en levier de développement. Enfin, le pays doit assumer un récit national inclusif, reconnaissant officiellement que la diaspora fait partie intégrante de la nation, y compris dans les discours présidentiels, les cérémonies nationales et les campagnes de communication.

Félicitations à la nouvelle Miss Cameroun 2026, Maellys Ngo Mboui, pour avoir porté l’étendard de ces Camerounaises et Camerounais installés ailleurs, pour qui le cœur bat à l’unisson pour un Cameroun prospère. Il en est ainsi d’Amatala Olive Pascaline, première dauphine du Centre, d’avoir concouru et représenté dignement sa région. Leurs deux trajectoires, entre diaspora et terroir, montrent qu’un Cameroun réconcilié avec lui-même n’a pas besoin de choisir entre « ceux qui sont partis » et « ceux qui sont restés », mais de leur offrir un même cadre de droits et de reconnaissance.

![Illustration](https://storage.ghost.io/c/c3/f0/c3f09db4-2ccd-4dca-90bb-45836ef771ee/content/images/2026/09/807284839_1997785227586657_2025090448723121779_n.jpg)