N’Djamena : après l’alcool frelaté, la flambée inquiétante du Tramadol dans les quartiers
À N’Djamena, malgré la répression contre l’alcool frelaté, les familles s’inquiètent de la banalisation et de l’usage détourné du Tramadol chez les jeunes et les travailleurs.
Par Katchibé Mapagne
Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, la lutte contre les boissons alcoolisées frelatées n’a pas fait disparaître les consommations à risque. Des familles constatent désormais l’usage détourné du Tramadol chez certains jeunes, présenté comme un moyen de tenir face à la fatigue, au travail pénible ou aux difficultés du quotidien.
À N’Djamena, le combat contre les produits prohibés change de visage. Dans les quartiers populaires comme Chagoua, le Grand Marché, dembé ou N’Djarie, les familles restent confrontées à la circulation de substances dangereuses, malgré les opérations de saisie et les campagnes de sensibilisation.
Pendant plusieurs années, l’attention s’est portée sur les boissons alcoolisées frelatées. Mais aujourd’hui, les autres produits inquiètent la population, a savoir le tramadol, Colorado......
Mère de trois enfants, habitante de Chagoua, elle s’était d’abord engagée dans la lutte contre l’alcool dans son quartier a taradona tout en sensibilisant les jeunes. Aujourd’hui, c’est le Tramadol qui l’inquiète. Elle témoigne : « Aujourd’hui, ce qui nous inquiète, c’est que certains jeunes se tournent vers le Tramadol. Ils pensent que parce que c’est un médicament, ce n’est pas dangereux. Certains disent que ça leur permet de travailler longtemps, de ne pas sentir la fatigue ou d’oublier leurs problèmes. »
Pour cette mère, ce qui est le plus préoccupant, c’est la banalisation du produit et sa facilité d’accès : “Ce qui me fait peur, c’est qu’on peut trouver ces comprimés facilement. Un jeune peut dépenser quelques centaines de francs et avoir sa dose. Il ne réfléchit pas aux conséquences sur sa santé.”
Son témoignage met en lumière une crainte partagée par plusieurs familles : la diminution d’un produit ne signifie pas la fin des addictions. Les habitudes se déplacent vers d’autres substances, perçues à tort comme moins dangereuses.
« Beaucoup ne considèrent pas le Tramadol comme une drogue »
Cette banalisation est aussi relevée par Amina, étudiante rencontrée à habena : “Beaucoup ne considèrent pas le Tramadol comme une drogue. Ils pensent que c’est juste un produit pour oublier les soucis.” Derrière cette perception se cache un déficit de sensibilisation. Pour certains jeunes, le médicament est associé à la résistance physique et à la capacité de travailler plus longtemps.
À Chagoua, Iséne, conducteur de moto-taxi, décrit les conditions difficiles de certains consommateurs : “On travaille du matin jusqu’à tard dans la nuit sous une chaleur difficile. Certains prennent ça pour tenir le coup. Surtout que, tu te sens fort après avoir pris, mais après, le corps souffre, tu maigris et tu deviens faible avec les yeux rouges. ”
Le problème dépasse la consommation. Il touche aussi la circulation des médicaments hors du circuit légal.
Le 17 juin 2025, les autorités ont procédé à l’incinération de 72 tonnes de produits illicites à Gassi, dans le 7e arrondissement. La cargaison, estimée à environ 12 milliards de FCFA, comprenait notamment de l’alcool frelaté, du cannabis, du Tramadol et divers médicaments dangereux. L’opération a été menée conjointement par la mairie, les Douanes, la Police, la Gendarmerie et la Direction Générale des Renseignements Intérieurs.
« Ça donne du courage », mais à quel prix?
Au Grand Marché, Idriss, chauffeur de taxi, observe les changements de comportement des comis de charges et les clandomans : “Certains disent que ça donne du courage, mais on remarque aussi des accidents inexplicables et une agressivité qui monte pour un rien."
Des observations de terrain qui traduisent surtout la perception des usagers. Les professionnels de santé, eux, alertent sur les risques de dépendance et d’effets indésirables liés à un usage inapproprié.
Les opérations de saisie restent nécessaires, mais elles ne suffisent pas à traiter la question de la consommation. Dans les quartiers, les familles demandent davantage de prévention, notamment auprès des jeunes, des conducteurs, des apprentis et des travailleurs exposés à de longues journées.
La réponse devra combiner contrôle du trafic, réglementation du circuit pharmaceutique, prévention dans les écoles, les gares routières et les marchés, et accompagnement des personnes déjà dépendantes.
Car pour les familles tchadiennes, le véritable enjeu n’est pas seulement de saisir et de détruire les produits prohibés. Il est aussi de comprendre pourquoi certains jeunes cherchent dans ces substances une manière de supporter la fatigue et les difficultés du quotidien ou savoir qui les fait entrer au pays .