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# N’Djamena : dans les dépotoirs, les déchets deviennent un moyen de survie pour les plus démunis
- URL: https://www.alwihdainfo.com/ndjamena-dans-les-depotoirs-les-dechets-deviennent-un-moyen-de-survie-pour-les-plus-demunis/
- Published: 2026-09-19T21:28:16.000Z
- Updated: 2026-09-19T21:28:16.000Z
- Description: À N'Djamena, de nombreux démunis et enfants fouillent quotidiennement les dépotoirs d'ordures pour revendre des matières recyclables, s'exposant à de graves risques sanitaires et sociaux.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Tchad, REPORTAGE

**Par Temandang Gontran**

À N’Djamena, les dépotoirs d’ordures sont devenus, pour de nombreuses personnes en situation de précarité, une véritable source de revenus. Dans plusieurs sites de décharge de la capitale, enfants et adultes, munis de sacs, fouillent quotidiennement les immondices à la recherche de bouteilles en plastique, de ferraille, de métaux, de déchets électroniques et d’autres objets susceptibles d’être revendus.

Ce que certains considèrent comme inutile représente, pour ces récupérateurs, une ressource économique. Leur activité s’inscrit dans une économie informelle de survie, encore très peu structurée et dépourvue de véritable reconnaissance professionnelle.

Selon les chiffres communiqués en mars 2026 par la direction de l’assainissement de la mairie, **N’Djamena produit entre 1 500 et 1 800 tonnes de déchets par jour**, alors qu’environ **800 tonnes seulement sont évacuées**, soit approximativement 40 à 45 % du volume total. Le reste demeure dans la ville, notamment dans des dépôts sauvages, en bordure des rues, près des mares ou dans d’autres espaces non aménagés.

La capitale ne dispose toujours pas, selon les données disponibles, d’un centre officiel de tri et de valorisation des déchets ni d’un centre d’enfouissement technique pleinement structuré. Une partie du recyclage repose donc sur des circuits artisanaux, où des récupérateurs prélèvent notamment le plastique, l’acier, le cuivre et certains déchets d’équipements électriques et électroniques avant que le reste ne soit acheminé vers les décharges.

### **Quelques francs tirés des déchets**

Dans un dépôt du 8ᵉ arrondissement, les récupérateurs guettent l’arrivée des camions de collecte. Une fois les bennes vidées, chacun se précipite pour récupérer ce qui peut être revendu.

Selon les témoignages recueillis sur place, les grandes bouteilles en plastique seraient revendues à **25 FCFA l’unité**, tandis que deux bouteilles de 75 cl rapporteraient également 25 FCFA. Ces prix, qui ne reposent sur aucune statistique officielle, correspondent aux indications données par les collecteurs rencontrés et peuvent varier selon les acheteurs.

La ferraille et certains métaux sont, eux, vendus au poids. Des études consacrées au secteur informel des déchets au Tchad décrivent cette activité comme une **« économie de la survie »**, où récupérateurs, trieurs et intermédiaires tirent des revenus de matériaux abandonnés.

Cette logique ne se limite pas aux décharges. Des récupérateurs sillonnent également les lieux de cérémonies, les rues et les quartiers à la recherche de bouteilles et d’autres matières valorisables. D’autres jeunes exercent parallèlement dans la pré-collecte des ordures auprès des ménages, pour des revenus parfois estimés entre **1 000 et 2 000 FCFA par jour**, selon le nombre de concessions desservies.

### **Des enfants exposés à la précarité et à la déscolarisation**

La présence d’enfants parmi les récupérateurs soulève une préoccupation particulière. Certains passent une partie importante de leurs journées dans les dépotoirs alors qu’ils devraient être à l’école.

Cette situation s’inscrit dans un contexte national déjà difficile. Selon les données de l’UNICEF pour 2026, **44,8 % de la population tchadienne vit dans la pauvreté**, une proportion qui atteint **49 % chez les enfants**. Plus de **3 millions d’enfants seraient hors du système scolaire**.

Chez les enfants de 6 à 11 ans, le taux de non-scolarisation atteint environ **53,3 % chez les filles et 47,4 % chez les garçons**. D’autres données internationales indiquent également qu’une part importante des enfants âgés de 5 à 14 ans exerce une activité économique, notamment dans le ramassage d’ordures, le portage ou la mendicité.

Ces chiffres ne permettent pas de déterminer précisément combien d’enfants travaillent dans les dépotoirs du 8ᵉ arrondissement, mais ils mettent en évidence l’ampleur des difficultés sociales auxquelles sont confrontées de nombreuses familles.

### **Des risques sanitaires importants**

Au-delà de la pauvreté, les conditions dans lesquelles travaillent ces récupérateurs suscitent des inquiétudes sanitaires. Beaucoup manipulent les déchets **à mains nues, parfois sans chaussures adaptées, sans gants ni masques**, au milieu de bouteilles cassées, de ferrailles, de déchets électroniques et d’ordures ménagères en décomposition.

Pendant la saison des pluies, les déchets se mélangent également aux eaux stagnantes, augmentant les risques liés à l’insalubrité et aux blessures.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Tchad fait face à une **épidémie de choléra déclarée en juin 2026**. N’Djamena a officiellement été touchée à partir du 24 juillet. Au début du mois d’août, les données disponibles faisaient état de **239 cas et 13 décès** à l’échelle des zones touchées, dont **72 cas et 8 décès dans la capitale**.

L’eau contaminée, les mauvaises conditions d’assainissement et les inondations constituent des facteurs majeurs de propagation du choléra. Il n’existe toutefois pas, à ce stade, de données établissant que les récupérateurs rencontrés dans les dépotoirs ont eux-mêmes contracté la maladie.

Les blessures représentent un autre danger permanent : verre brisé, morceaux de métal, objets tranchants et composants électroniques sont manipulés quotidiennement sans véritable équipement de protection.

### **Transformer une économie de survie en véritable filière ?**

La présence de ces récupérateurs pose ainsi une double question : celle de la lutte contre la pauvreté et celle de la gestion des déchets dans une capitale qui produit chaque jour jusqu’à 1 800 tonnes d’ordures.

Au-delà de l’urgence sociale, le développement d’une véritable filière de tri et de recyclage pourrait permettre de mieux organiser cette activité, de protéger les travailleurs informels et de valoriser une partie des déchets qui encombrent actuellement la ville.

Encadrement des récupérateurs, équipements de protection, scolarisation des enfants, création de centres de tri, structuration de la collecte et soutien aux familles vulnérables figurent parmi les pistes qui pourraient être examinées.

Car derrière chaque sac rempli de bouteilles ou de morceaux de ferraille se cache souvent une réalité plus profonde : celle de personnes pour lesquelles les déchets ne sont pas simplement des ordures, mais parfois **la seule ressource disponible pour assurer leur subsistance quotidienne**.