N'Djamena : La jeunesse face à la précarité, entre sueur et sable

À N'Djamena, de jeunes Tchadiens se tournent vers le commerce du sable pour survivre, illustrant une précarité croissante face à un chômage endémique.

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N'Djamena : La jeunesse face à la précarité, entre sueur et sable

Par Temandang Gontran

Le chômage pousse une jeunesse en quête de survie vers des métiers éprouvants. Au marché d'Emtoukoui, dans le 7e arrondissement de la capitale, des dizaines de jeunes hommes font du commerce de sable leur gagne-pain quotidien. Un labeur harassant, loin des bureaux, mais indispensable pour mettre du pain sur la table.

Selon les dernières projections macroéconomiques du Groupe de la Banque Mondiale pour le Tchad, le taux de pauvreté devrait atteindre 45,4 % de la population. Cela représente environ 9,5 millions de personnes vivant dans l'extrême pauvreté.

Sous un soleil de plomb, au bord de l'axe goudronné du marché d'Emtoukoui, le décor est immuable. Alignés le long de la chaussée, des « porte-tout » chargés à bloc trônent, attendant désespérément un signe de la main. À côté, des visages crispés par la fatigue et une évidente démotivation scrutent le moindre passage de client. Ici, ce n'est pas le commerce classique que l'on pratique, c'est celui de la survie, le commerce du sable.

Au Tchad, selon les données de l'INSEED et les rapports nationaux (comme ECOSIT4), le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans s'élève à 30,3 %. Pour la tranche des 15 à 30 ans, ce taux global tourne autour de 22 %, tandis que le taux de jeunes sans emploi diplômés dépasse les 60 %.

Un quotidien à la force des bras

Pour ces jeunes, dont beaucoup ont vu les portes de l'emploi classique se refermer sur eux, le sable est devenu la seule ressource exploitable. Le processus est physique, répétitif et épuisant. Le sable est chargé dans des sacs de 50 kg, puis transporté à bout de bras ou à l'aide de ces fameux porte-tout, véritables outils de travail qu'ils sillonnent les quartiers pour proposer leurs services.

« On ne choisit pas ce travail par passion, mais par nécessité », confie l'un d'eux, le regard fuyant, marqué par les stigmates d'une journée éreintante. « Il faut bien manger, il faut survivre. Alors on ose, peu importe la pénibilité. » La majorité de ces jeunes, dont l'école n'est pas allée loin, tente de trouver une issue à travers cette activité, mais cela n'est pas chose aisée.

Une économie de la débrouille

Le modèle économique, s'il peut être qualifié ainsi, reste précaire et aléatoire. Selon la distance, la difficulté du trajet ou la capacité de négociation du client, le prix de la course varie entre 2 000 et 5 000 francs CFA. Une somme modeste au regard de l'effort physique fourni quotidiennement.

Cette situation illustre, à elle seule, la réalité brutale d'une partie de la jeunesse n'djamenoise. Face à l'absence d'opportunités professionnelles formelles, le secteur informel devient le dernier rempart contre la misère, transformant ces jeunes en ouvriers de l'ombre, dont la sueur bâtit le quotidien de la capitale, souvent dans l'indifférence générale.

À Emtoukoui comme ailleurs, ces jeunes ne réclament pas la charité, mais une chance. En attendant, ils continuent de guetter le prochain client, le porte-tout chargé, le visage fermé par le poids d'un avenir incertain.