N'Djamena : la responsabilité citoyenne au-delà de l'attente passive pour la saison des pluies
À N'Djamena, les inondations annuelles soulèvent la question de la responsabilité citoyenne face aux infrastructures défaillantes. Des initiatives locales émergent pour pallier l'inaction perçue des autorités.
Par Temandang Gontran
À chaque retour de la saison des pluies, le même scénario se répète dans les quartiers de N'Djamena, de Chagoua à Dembé en passant par Habena, Walia, Gassi et bien d'autres. Entre les rues inondées, les accès difficiles et les mares d'eau stagnante devant les concessions, la colère monte. Très vite, les regards se tournent vers la mairie ou le gouvernement, pointés du doigt pour leur inaction supposée. Mais derrière cette attente, une question de fond émerge : jusqu'où s'arrête la responsabilité de l'État et où commence celle du citoyen ?
Pourtant, les dépenses faramineuses dans les boissons sont observées chez ces mêmes personnes qui ne peuvent payer une benne de remblai pour arranger une petite portion, leur permettant d'avoir un espace devant leurs maisons. Qu'est-ce qui peut expliquer cette réalité cachée dans la société et qui passe inaperçue des micros et caméras ?
L'illusion de l'attente passive
Il est aisé de s'asseoir sur sa terrasse, les bras croisés, et d'attendre que les autorités viennent déboucher chaque caniveau ou remblayer chaque devanture de concession. Pourtant, exiger que la puissance publique intervienne devant chaque porte relève d'une utopie logistique.
Si la mairie a pour mission l'entretien des grandes artères et des infrastructures structurantes de drainage, la gestion immédiate du seuil de sa propre maison incombe, par définition, à celui qui l'occupe. Attendre que le gouvernement vienne régler un problème de remblai ou de curage devant chez soi, c'est accepter de vivre dans l'insalubrité tout en démissionnant de son rôle de premier acteur de son propre cadre de vie.
La force de l'organisation communautaire
Heureusement, dans ces mêmes quartiers, certains citoyens ne l'entendent pas de cette oreille. Face aux eaux qui montent, ils prennent les devants. Quelques sacs de sable, un peu de gravier, ou une mobilisation pour dégager les eaux stagnantes : ces initiatives individuelles font souvent la différence entre une concession accessible et une habitation isolée.
Et si la clé résidait dans l'union ?
L'expérience montre que lorsque les habitants d'une même rue ou d'un même pâté de maisons se concertent, le résultat est bien plus probant.
La mutualisation des efforts : Une cotisation modeste par ménage permet de louer un camion de sable ou de remblai pour traiter les zones critiques de la rue.
La mobilisation collective, une demi-journée de travail communautaire suffit souvent à curer les petits caniveaux qui empêchent l'eau de stagner.
Au-delà de l'efficacité, l'organisation de quartier renforce le lien social et la solidarité, transformant une contrainte environnementale en un moment de cohésion.
Ne faut-il pas reprendre le contrôle de son environnement ?
La propreté et l'accessibilité de sa devanture sont le prolongement naturel de l'entretien de son intérieur. Il est incohérent de soigner l'intérieur de son salon tout en laissant la porte de sa maison devenir un dépotoir ou un marécage.
La mairie et le gouvernement ont sans aucun doute des efforts à fournir pour améliorer les infrastructures globales. Toutefois, le civisme impose une part de responsabilité individuelle. Avant de crier au manque d'action des autorités, chaque citoyen devrait se poser la question :
« Qu'ai-je fait, moi, pour améliorer mon environnement immédiat ? »
En cessant d'attendre l'impossible et en privilégiant l'organisation locale, les quartiers comme Chagoua, Dembé ou Habena, Walia, Gassi pourraient transformer radicalement leur visage dès cette saison des pluies. La propreté commence devant chez soi, et le développement commence par la proactivité citoyenne.