N’Djamena : les minibus, une économie de plusieurs milliards
À N’Djamena, les minibus privés constituent aujourd’hui le principal moyen de transport urbain et assurent quotidiennement la mobilité de milliers de citoyens à travers les principaux axes de la capitale, notamment Diguel, Farcha, Gassi, Walia, Dembé et le marché central.
Par Idriss Abdelkerim
Derrière ce service essentiel se développe une véritable économie parallèle générant d’importants flux financiers, mais qui demeure largement informelle.
Selon plusieurs estimations basées sur les pratiques observées dans le secteur, un minibus peut produire entre 45 000 et 50 000 FCFA de recettes par jour, soit jusqu’à 18 millions de FCFA par an. Avec une flotte estimée entre 500 et 1 000 véhicules actifs dans la capitale, le secteur représenterait un chiffre d’affaires annuel compris entre 20 et 50 milliards de FCFA. Pourtant, une grande partie de ces revenus échappe encore à une fiscalisation complète en raison du manque de contrôle structuré, de la fragmentation des propriétaires, des paiements informels et de la faible digitalisation du système fiscal local.
En théorie, chaque minibus devrait s’acquitter d’une taxe annuelle estimée à environ 370 000 FCFA. Toutefois, dans la pratique, seule une faible partie de ces recettes rejoint réellement les caisses publiques. Cette situation soulève régulièrement la question de la création d’une agence nationale de transport urbain capable d’organiser les lignes, de réglementer les tarifs et de moderniser le secteur. Cependant, un tel projet nécessiterait des investissements très élevés, notamment pour l’achat de véhicules, la construction d’infrastructures de maintenance, le recrutement du personnel et la mise en place de systèmes numériques de gestion. Le coût global pourrait dépasser plusieurs dizaines de milliards de FCFA sans garantie immédiate de rentabilité.
Par ailleurs, le transport urbain à N’Djamena fait face à de nombreuses difficultés, notamment l’état dégradé des routes, les coûts élevés du carburant, les embouteillages fréquents et l’usure rapide des véhicules. À cela s’ajoutent les risques liés à une gestion publique complexe, souvent marquée dans plusieurs pays par des problèmes de corruption, de mauvaise maintenance ou de politisation des structures publiques.
Le secteur reste également dominé par des acteurs privés et des réseaux informels qui pourraient résister à toute tentative de centralisation ou de nationalisation.
L’absence de structuration de ce secteur représente un manque à gagner important pour l’économie nationale. Les pertes fiscales sont estimées à plusieurs milliards de FCFA par an, tandis que les difficultés de mobilité contribuent à la congestion urbaine et à l’augmentation indirecte du coût de la vie. Dans un pays enclavé comme le Tchad, le transport constitue pourtant un levier stratégique pour la compétitivité économique et le développement des infrastructures.
Face à cette réalité, plusieurs experts privilégient une approche progressive plutôt qu’une nationalisation complète du secteur. Parmi les solutions envisagées figurent la création d’une autorité de régulation du transport urbain, l’organisation des transporteurs en coopératives, la digitalisation des paiements, le développement de partenariats public-privé ainsi que le renouvellement progressif de la flotte avec des véhicules plus modernes. Une telle stratégie permettrait de formaliser progressivement ce secteur vital tout en préservant son efficacité actuelle. À terme, une meilleure organisation des minibus privés pourrait non seulement améliorer la mobilité urbaine à N’Djamena, mais aussi devenir une source importante de financement pour les infrastructures routières et le développement économique national.