Paludisme : quand les familles tchadiennes se soignent seules au péril de leur vie

Le paludisme reste la première cause de consultation, d’hospitalisation et de mortalité au Tchad (environ 47 % des consultations selon des données récentes). Des familles avec plusieurs membres touchés simultanément sont courantes.

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Paludisme : quand les familles tchadiennes se soignent seules au péril de leur vie

Par Idriss Abdelkerim

En cette période de fortes pluies, le paludisme refait surface avec une intensité préoccupante à n'djamena. Dans de nombreuses concessions, il n'est pas rare de voir deux à trois membres d'une même famille souffrir simultanément de fièvre, de maux de tête et de fatigue. Face à cette recrudescence, un autre phénomène inquiète l'automédication.

Sans passer par une consultation médicale ni effectuer un test de dépistage, de nombreux patients se rendent directement dans les pharmacies ou les dépôts pharmaceutiques pour acheter des médicaments contre le paludisme. D'autres préfèrent utiliser des remèdes traditionnels préparés à domicile, convaincus qu'il s'agit forcément d'un accès palustre.

Pourtant, les professionnels de santé rappellent que toutes les fièvres ne sont pas nécessairement dues au paludisme. Une automédication inappropriée peut retarder le diagnostic d'autres maladies, compliquer l'état du malade et compromettre une prise en charge efficace.

Dans plusieurs quartiers de n'djamena, les habitants expliquent que le manque de moyens financiers les pousse à éviter les centres de santé. « Nous achetons directement les médicaments parce que la consultation et les examens coûtent cher », confie un père de famille rencontré dans le 8ᵉ arrondissement.

Cette réalité relance le débat sur la prévention. De nombreux citoyens estiment que les campagnes de sensibilisation demeurent insuffisantes alors que les mois d'août, septembre et octobre correspondent à la période de plus forte transmission du paludisme.

Des bulletins épidémiologiques (janvier–septembre 2025) indiquent une incidence annualisée d’environ 96 cas pour 1 000 habitants sur les cas confirmés rapportés, avec une morbidité proportionnelle d’environ 26 % des consultations. La proportion de formes graves et la mortalité rapportée montraient une tendance à la baisse sur cette période, mais les chiffres complets pour 2025 ne sont pas encore consolidés.

Des voix s'élèvent également pour appeler le ministère de la Santé publique à renforcer les actions de proximité : multiplication des campagnes d'information à la télévision, à la radio, dans les journaux en ligne et sur les réseaux sociaux, mais aussi amélioration de l'accès aux tests de dépistage et aux traitements, en particulier pour les populations les plus vulnérables.

Au-delà des statistiques, le paludisme continue de bouleverser le quotidien des familles tchadiennes. Des parents interrompent leurs activités professionnelles et certains malades arrivent tardivement dans les structures sanitaires, avec des complications parfois graves.

Le paludisme reste l'un des plus grands défis sanitaires du pays. Le Tchad reste un pays de forte endémie. Le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité, avec une incidence élevée et stable autour de 206 cas pour 1 000 personnes à risque. Sa lutte ne dépend pas uniquement des médicaments, mais aussi de la prévention, de la sensibilisation et d'un accès équitable aux soins. Sans une mobilisation collective, chaque saison des pluies continuera de mettre en danger des milliers de familles tchadiennes.