Pétrole sans électricité, santé en queue de peloton : le Tchad entre progrès et retards
L’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine 2026, publié en octobre par la Fondation Mo Ibrahim, couvre la période 2016-2025. Il dessine pour le Tchad un tableau contrasté : des progrès réels, partis de très bas, et des retards persistants dans les services de base.
Un gain de 3,6 points en dix ans
Le Tchad obtient un score global de 36,9 sur 100 en 2025, ce qui le place au 47e rang sur 54 pays. Sur la décennie, il gagne 3,6 points. C’est l’une des plus fortes progressions du continent : il figure, à égalité avec le Togo, parmi la dizaine de pays les plus améliorés. Le rapport qualifie toutefois cette tendance de « amélioration ralentie ».
Le contraste avec la moyenne continentale reste net. Celle-ci est passée de 49,3 à 50,1 sur la même période. Le Tchad progresse donc plus vite que la moyenne, mais l’écart avec le reste de l’Afrique demeure important.
Les points forts : lutte contre la corruption, égalité femmes-hommes, téléphonie
Plusieurs indicateurs tirent le pays vers le haut :
- Lutte contre la corruption : avec +13,7 points, le Tchad compte parmi les trois plus fortes améliorations du continent, derrière les Seychelles et l’Angola. Il se classe 41e dans cette catégorie.
- Égalité des femmes : le Tchad gagne 16,1 points, à égalité avec Djibouti. Seul le Gabon (+17,3) fait mieux. Le pays est 41e.
- Communications mobiles : le rapport cite le Tchad (+42,4 points) comme le deuxième plus gros progrès du continent, après l’Érythrée, grâce à la progression du mobile et de l’internet.
- Environnement durable : c’est son meilleur classement, avec une 16e place.
- Application de la loi : l’indicateur mesurant la fiabilité de la police et la sanction de ses abus progresse de 34,4 points.
Un paradoxe sur l’État de droit
Le rapport relève une situation singulière. Le Tchad est l’un des sept pays dont la catégorie « État de droit et justice » est en amélioration croissante, « même si pour la plupart c’est à partir d’un niveau bas », précise le document. Il se classe pourtant 49e dans cette catégorie.
Ce progrès cache une divergence. Le Tchad fait partie des dix pays du continent ayant connu un coup d’État au cours de la décennie (2021 pour le Tchad). Dans les pays concernés, le respect de la règle de droit par l’exécutif a fortement reculé : −16,9 points pour le Tchad. L’application de la loi progresse à l’inverse, comme on l’a vu. Le rapport note aussi que six des dix « pays de coup d’État », dont le Tchad, ont amélioré à la fois leur environnement économique et leur développement humain.
Les retards : santé, électricité, infrastructures, emploi
Les services de base concentrent les plus mauvais classements :
| Catégorie | Rang (sur 54) |
|---|---|
| Santé | 52e |
| Infrastructures | 50e |
| Environnement des affaires et du travail | 50e |
| Éducation | 49e |
| Transparence et redevabilité | 51e |
| Inclusion et égalité | 47e |
| Protection sociale | 47e |
| Participation | 46e |
| Droits | 42e |
| Sécurité | 37e |
| Administration publique | 34e |
| Économie rurale | 34e |
En santé, le Tchad (score de 42,3) fait partie des trois pays les moins bien notés d’Afrique, avec le Soudan et la Centrafrique.
Le cas de l’électricité est le plus frappant. Le Tchad est cité parmi les dix premiers producteurs de pétrole du continent, mais son score d’accès à l’électricité n’est que de 8,1 sur 100, avec une hausse de 2,9 points sur la décennie. Seuls le Soudan du Sud (1,3) et le Burundi (7,7) font moins bien.
Un voisinage sous tension
Le rapport replace aussi le Tchad dans son environnement régional. Il décrit une dégradation sécuritaire particulièrement marquée dans le Sahel central et le bassin du lac Tchad, où des insurrections transfrontalières ont gagné du terrain. À l’échelle africaine, la sécurité est la deuxième sous-catégorie qui a le plus reculé sur dix ans, même si la dégradation ralentit depuis 2022.
Ce qu’il faut retenir
Le Tchad n’est pas un cas de déclin : il fait partie des pays qui avancent, parfois nettement. Mais il part d’un niveau bas, et les progrès se concentrent sur certains domaines, tandis que santé, énergie, infrastructures et emploi restent en queue de peloton. Le rapport souligne lui-même que la durabilité des gains économiques et sociaux dans les pays en transition politique reste à confirmer.