Procès Abdoulaye Miskine au Tchad : qui sont ses trois coaccusés ?
L’audience criminelle du procès du général Abdoulaye Miskine et de ses trois coaccusés s’est tenue le vendredi 4 septembre 2026 à N’Djamena. Débutée à 10h30, elle s’est achevée à 14h32. L’affaire a été mise en délibéré au 9 septembre, date prévue pour le prononcé du verdict.
La partie civile a demandé à la Cour de condamner les accusés à lui verser 24 milliards de francs CFA en réparation des préjudices qu’elle affirme avoir subis.
Le ministère public a requis dix ans d’emprisonnement contre les trois coaccusés d’Abdoulaye Miskine : le général Adoum Rakhis Abdelrassoul, Abdel-Azize Groh et Rongo Djouma. Ils sont notamment poursuivis pour des faits liés à la tentative de création ou de résurrection de mouvements insurrectionnels. Une peine de 30 ans d’emprisonnement a, pour sa part, été requise contre Abdoulaye Miskine.
Général Adoum Rakhis Abdelrassoul, un ancien chef rebelle au parcours régional
Également désigné sous les noms d’Adoum Rakis ou Rakiss, le général Adoum Rakhis Abdelrassoul est le plus documenté des trois coaccusés.
De nationalité tchadienne, il a été membre des Forces unies pour le changement (FUC), une rébellion opposée au régime de l’ancien président Idriss Déby Itno. Il avait été capturé par l’Armée nationale tchadienne lors de l’offensive rebelle manquée sur N’Djamena en 2006.
Son parcours s’est ensuite poursuivi en République centrafricaine. Il est notamment passé par le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), puis par la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) de Noureddine Adam, où il aurait occupé des fonctions de chef d’état-major autour de 2011.
Il rejoint par la suite la coalition Séléka et participe à la prise de Bangui en 2013. Le 29 mai de la même année, le président Michel Djotodia le nomme directeur général de la Police centrafricaine. Des documents de la Cour pénale internationale le présentent toutefois comme ayant exercé de facto des responsabilités importantes au sein de cette structure, même si son statut administratif exact a fait l’objet de descriptions divergentes.
Son nom a également été associé à des accusations de violences commises pendant la crise centrafricaine. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) l’a notamment cité dans le contexte d’une opération menée à Bozoum en janvier 2014.
Dans le procès actuellement examiné à N’Djamena, Adoum Rakhis Abdelrassoul est présenté comme le président fondateur du Mouvement national des ex-libérateurs centrafricains (MNLC), une organisation distincte du MLCJ et relativement peu documentée publiquement.
Abdel-Azize Groh, aide de camp d’Abdoulaye Miskine
Abdel-Azize Groh est présenté dans le dossier comme l’aide de camp du général Abdoulaye Miskine.
Contrairement à Adoum Rakhis Abdelrassoul, très peu d’informations publiques sont disponibles sur son parcours. Son grade, son origine ainsi que ses éventuelles fonctions militaires antérieures ne sont pas documentés de manière détaillée dans les principales sources consacrées aux mouvements armés ayant évolué entre le Tchad et la République centrafricaine.
Dans le cadre du procès, le ministère public a requis dix ans d’emprisonnement à son encontre.
Rongo Djouma, présenté comme « guide sur le terrain »
Le troisième coaccusé, Rongo Djouma, est présenté au procès comme le « guide sur le terrain » du groupe.
Son nom apparaît très peu dans les sources publiques disponibles et aucune fonction officielle ou appartenance clairement documentée à un groupe armé ne ressort de manière indépendante.
Comme Abdel-Azize Groh et Adoum Rakhis Abdelrassoul, il fait l’objet d’une réquisition de dix ans d’emprisonnement.
Des faits présumés commis entre le Tchad et la Centrafrique
Le dossier porte notamment sur des faits allégués dans les zones frontalières entre le Tchad et la République centrafricaine, particulièrement autour de Tissi, Batangafo et Kabo.
Les poursuites évoquent notamment la création ou la participation à un mouvement insurrectionnel ainsi que des accusations d’assassinat, de torture, de séquestration et de viol, dont auraient été victimes notamment des membres de communautés tchadiennes.
La défense conteste toutefois plusieurs aspects du dossier. Les avocats ont notamment soulevé la question de la compétence des juridictions tchadiennes, certains faits reprochés ayant, selon eux, été commis sur le territoire centrafricain.
Ils invoquent également la prescription concernant certains faits remontant aux années 2002 et 2003 alors que la plainte aurait été introduite en 2020. Les conseils des accusés dénoncent en outre un dossier qu’ils jugent insuffisamment étayé.
Lors de l’audience du 4 septembre, les avocats ont notamment relevé l’absence, selon eux, de certificats de décès, de rapports ou de procès-verbaux permettant d’établir suffisamment certaines des accusations.
À l’issue des débats, la Cour a mis l’affaire en délibéré au 9 septembre 2026. Le verdict devra déterminer la responsabilité pénale d’Abdoulaye Miskine et de ses trois coaccusés dans cette affaire aux ramifications tchadiennes et centrafricaines.