Produits phytosanitaires au Tchad : une menace silencieuse pour la santé et l’environnement

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Produits phytosanitaires au Tchad : une menace silencieuse pour la santé et l’environnement

Par Golmem Ali Emmanuel

Au Tchad, les produits phytosanitaires sont de plus en plus présents sur les marchés, jusque dans les villages les plus reculés. Certains sont autorisés, mais beaucoup d’autres échappent au contrôle des autorités. Cette situation représente un véritable danger pour la santé des populations, l’environnement et l’avenir de l’agriculture.

Pourtant, la consommation globale de pesticides au Tchad reste relativement faible par rapport à la moyenne mondiale. Selon des données récentes de la FAO, elle serait d’environ 42 tonnes par an, soit près de 0,008 kg par hectare de terre cultivée, l’un des taux les plus bas d’Afrique. Mais ce faible volume ne doit pas masquer un problème plus grave : la circulation de produits non homologués, interdits, contrefaits ou mal utilisés.

La majorité de ces pesticides est utilisée dans la culture du coton, notamment dans les zones cotonnières, ainsi que dans certaines cultures maraîchères. Les agriculteurs, souvent confrontés aux pertes de récoltes, aux attaques d’insectes et au manque de moyens, se tournent vers ces produits dans l’espoir d’améliorer leurs rendements. Mais par manque d’information, beaucoup ignorent les risques liés à leur mauvaise utilisation.

Une étude régionale menée sur les marchés africains entre 2012 et 2015 a révélé que 62 % des herbicides disponibles n’étaient pas homologués par une autorité reconnue. Au Tchad, l’homologation relève du Comité sahélien des pesticides, rattaché au CILSS. Mais les contrôles aux frontières et sur les marchés restent insuffisants. Résultat : de nombreux produits douteux entrent dans le pays par des circuits informels, notamment depuis le Nigeria, le Cameroun ou via certains ports de la sous-région.

Les conséquences sanitaires sont préoccupantes. Le Tchad ne dispose pas encore d’un système national efficace de surveillance des intoxications liées aux pesticides, ce qui rend les chiffres difficiles à établir et probablement sous-estimés. Dans les zones cotonnières, des agriculteurs signalent régulièrement des symptômes tels que des brûlures, des nausées, des vertiges ou des problèmes respiratoires après l’utilisation de certains produits chimiques.

Le danger ne concerne pas seulement les utilisateurs directs. Les résidus chimiques peuvent se retrouver dans les aliments, l’eau ou les sols. Les emballages vides, souvent abandonnés dans la nature ou réutilisés pour stocker de l’eau et des denrées alimentaires, augmentent encore les risques d’intoxication.

L’environnement est également touché. L’usage incontrôlé de ces produits favorise la pollution des sols et des eaux, tout en menaçant la biodiversité. Les abeilles, les insectes utiles, les oiseaux et d’autres espèces peuvent être affectés par ces substances chimiques, alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes et la production agricole.

Face à cette situation, il devient urgent de renforcer la sensibilisation des agriculteurs. Beaucoup utilisent ces produits sans équipements de protection, sans respecter les doses recommandées et sans connaître les délais à respecter avant la récolte. Une meilleure formation permettrait de réduire les risques pour leur santé, celle des consommateurs et celle de l’environnement.

Les autorités sanitaires, agricoles et environnementales doivent également intensifier les contrôles. Il faut multiplier les inspections sur les marchés, renforcer la surveillance aux frontières, retirer les produits non homologués de la vente et sanctionner les commerçants qui écoulent des substances interdites ou contrefaites.

En parallèle, le Tchad gagnerait à encourager des alternatives plus durables, comme l’agriculture biologique, l’utilisation de biopesticides, la rotation des cultures ou les méthodes naturelles de lutte contre les ravageurs. Ces solutions peuvent contribuer à protéger les agriculteurs, les consommateurs et les ressources naturelles.

Même si les volumes de pesticides utilisés au Tchad restent modestes, le manque de contrôle, la faiblesse de la sensibilisation et la circulation de produits non homologués amplifient fortement les risques. Le pays, riche de sa biodiversité et de ses ressources naturelles, mérite une agriculture capable de nourrir sa population sans compromettre sa santé ni détruire ses écosystèmes. Il est temps d’agir pour une agriculture plus sûre, plus responsable et plus durable.