Réseaux sociaux et traditions : le choc des générations au Tchad

Au Tchad, les jeunes sont confrontés à un dilemme entre traditions et modernité, influencés par les réseaux sociaux, remettant en question les valeurs familiales et culturelles.

Partager
Réseaux sociaux et traditions : le choc des générations au Tchad
Illustration © DR

Par Adoum Mbaidoua

De nos jours, au Tchad, on observe une rupture croissante entre les mœurs et coutumes traditionnelles et le comportement de nombreux jeunes. Autrefois, la pudeur, le respect des aînés et la discrétion formaient le socle de l'éducation familiale et communautaire. Aujourd'hui, les réseaux sociaux comme TikTok, Facebook et certains groupes WhatsApp sont devenus des espaces où ces valeurs semblent souvent bafouées. Beaucoup de jeunes filles s'exhibent publiquement, sans retenue ni pudeur, dans des vidéos mettant en avant des tenues provocantes ou des danses suggestives. Ces comportements, diffusés à grande échelle, choquent parfois les familles et les communautés qui considèrent que la dignité de la femme et le respect de la tradition sont en jeu. Les jeunes garçons ne sont pas en reste : on les voit fumer dans la rue, dans les lieux publics, parfois même en présence de leurs parents, sans aucune gêne ni conscience des exemples qu'ils donnent aux plus jeunes.

Abba Alhadj, un cinquantenaire que nous avons rencontré, assis dans un hangar seul avec un verre de thé devant lui, a donné son avis en ces termes : "À notre époque, on ne s'asseyait jamais sur la chaise de notre père par respect et réprimande éducative. Lors des repas, on ne prenait pas de viande avant les aînés, mais aujourd'hui, tout a basculé : aucun respect pour le droit des aînés ni pour les us et coutumes."

Une femme enseignante du Coran s'est exprimée sous anonymat : "Tout est clair dans le Coran concernant les us et coutumes, mais l'applicabilité pose énormément de problèmes. La pudeur est présentée comme une qualité morale importante dans le Coran et la Sunna ; les croyants sont invités à baisser le regard et à préserver leur chasteté, et les croyantes à se vêtir modestement et à rabattre leur voile sur leur poitrine, afin d'éviter l'exhibition et de préserver la dignité," a-t-elle ajouté.

Un jeune de 25 ans nous a indiqué que le respect est mutuel et qu'aujourd'hui beaucoup de choses ont changé avec l'avènement de l'internet. "Chacun fait ce qu'il veut même si cela va à l'encontre des valeurs morales et traditionnelles."

Les échanges sur les réseaux sociaux sont aussi marqués par une agressivité croissante. Insultes, moqueries, ragots et dénigrements se multiplient dans les commentaires, les messages privés et les groupes WhatsApp. On y lit des mots qu'autrefois, on n'aurait même pas osé prononcer devant un parent, un enseignant ou un chef de quartier. Le respect, la politesse et la retenue semblent oubliés, remplacés par un langage cru et une mentalité de "tout dire" sous couvert d'anonymat ou de "modernité".

Faut-il pour autant dire que tous les jeunes délaissent les valeurs de nos ancêtres ? Non. Beaucoup restent attachés à la famille, au respect des parents, à la prière et aux traditions culturelles. Certains utilisent TikTok et Facebook justement pour exalter leurs coutumes, leurs danses, leurs proverbes et leurs récits. Mais l'image qui domine aujourd'hui est souvent celle de la provocation, de la permissivité et de la perte de repères moraux.

Les mœurs et coutumes sont encore vivantes au Tchad, mais elles sont de plus en plus confrontées aux effets de la technologie, de la mondialisation et d'une certaine liberté mal comprise. Il appartient aux familles d'instaurer le contrôle parental sur les téléphones et d'augmenter la surveillance des enfants, aux éducateurs, aux chefs traditionnels et aux responsables religieux de réaffirmer ces valeurs, de dialoguer avec les jeunes, et de montrer que la modernité ne signifie pas la perte de la dignité, de la pudeur et du respect.