Russie-Afrique : des professionnels des médias échangent sur l’avenir de l’information
Une table ronde réunissant des représentants des médias russes et africains s’est tenue le 27 mai 2026 autour du thème : « La nouvelle formule des médias professionnels en Russie et en Afrique ». Organisée par le groupe médiatique russe Rossiya Segodnya, la rencontre a permis des échanges approfondis sur les mutations du journalisme, l’impact du numérique, la désinformation et les perspectives de coopération médiatique entre la Russie et l’Afrique.
Modérée depuis Moscou par Daria Nagovitcina, responsable de la coopération internationale de Rossiya Segodnya, la discussion a réuni plusieurs responsables de médias africains et russes, parmi lesquels Djamil Ahmat Mahamat, directeur général du média tchadien Alwihda Info, Yves Laurent Goma de Gabon Actu, Tilado Apollinaire Abga de l’Agence d’information du Burkina ainsi qu’Anna Kalinkina, rédactrice vidéo en chef de Sputnik Afrique.
Les échanges ont mis en lumière les profondes transformations du paysage médiatique mondial, notamment sous l’effet des réseaux sociaux, des nouveaux usages numériques et de l’intelligence artificielle.
Prenant la parole, le représentant burkinabè a insisté sur la nécessité pour les médias africains de défendre les intérêts nationaux tout en renforçant l’éducation aux médias. Selon lui, au Burkina Faso, les citoyens développent progressivement une conscience critique face à l’information, ce qui impose aux rédactions de mieux trier et hiérarchiser les contenus en fonction de l’intérêt national.
De son côté, Anna Kalinkina de Sputnik Afrique a expliqué que le modèle médiatique classique, basé sur de longs formats textuels, fonctionne de moins en moins auprès des nouvelles générations. Elle a souligné la montée en puissance des formats courts et dynamiques, notamment les « clip-posts », les vidéos verticales courtes, les formats « Vrai/Faux » ou encore les messages d’alerte construits autour d’une seule ligne forte et percutante.
Selon elle, les médias doivent aujourd’hui diversifier leurs façons d’informer afin de conserver une audience engagée, notamment en intégrant davantage les réactions des utilisateurs sur des plateformes comme Telegram.
Les intervenants ont également évoqué l’apport croissant de l’intelligence artificielle dans les rédactions. L’IA permet un gain de temps considérable dans certaines tâches de vérification, de traduction ou de production de contenus. Toutefois, plusieurs participants ont mis en garde contre le risque d’uniformisation des médias. « Tout devient similaire sur les images et les vidéos », a relevé Anna Kalinkina, estimant que la véritable différence réside désormais dans la capacité des journalistes à donner du sens à l’information et à l’expliquer simplement au public.
Dans ses notes de présentation, Djamil Ahmat Mahamat, directeur général de Alwihda Info, a insisté sur la nécessité pour les médias africains de « s’adapter sans se trahir ». Il a rappelé que le média tchadien, qui cumule plusieurs millions de pages vues mensuelles et une forte présence sur les réseaux sociaux, a dû évoluer vers davantage de contenus vidéos, de débats, de vox pop et de sujets destinés à la jeunesse afin de rester en phase avec les nouveaux comportements des internautes.
Selon lui, les médias doivent aujourd’hui faire face à une double exigence : conserver leur identité éditoriale tout en adoptant les formats numériques dominants. « Le contenu vidéo court prend de l’ampleur et nous ne devons pas rester en marge », a-t-il expliqué.
La question de la désinformation a occupé une place centrale durant les débats. Plusieurs intervenants ont rappelé que la rapidité imposée par les réseaux sociaux ne doit jamais prendre le dessus sur la vérification des faits. « Être rigoureux et vérifier les sources demeure essentiel », ont insisté plusieurs participants, estimant que le rôle du journaliste ne consiste plus seulement à informer mais aussi à aider le public à comprendre les événements grâce à l’analyse et à la mise en contexte.
Les participants ont également estimé que, malgré l’essor de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques, les journalistes conserveront un rôle fondamental dans les années à venir, notamment comme garants de l’éthique et de la crédibilité de l’information.
La table ronde a enfin mis en avant la nécessité pour les médias africains et russes d’innover davantage, d’investir dans de nouveaux formats et de développer des communautés engagées autour de leurs contenus afin de mieux répondre aux attentes d’un public de plus en plus connecté et mobile.