Maroc: "Le gouvernement bafoue la dignité des femmes"

Lundi 9 Mars 2015

A l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, une marche nationale a été organisée à Rabat (Maroc), dimanche 8 mars, par le collectif "Parité et Démocratie". L'objectif étant de préserver les acquis de la femme et de concrétiser les dispositions de la Constitution consacrant l'égalité hommes-femmes et la parité dans tous les domaines.


"Main dans la main pour défendre l'égalité et la démocratie" est le slogan qui a été choisi pour cette marche qui a pris le départ de la place Bab El Had et s'est terminée face au siège du parlement, et qui a connu la participation de 10 000 personnes, dont des militantes du mouvement féministe et des sympathisants de la cause féminine.
 
Intégrer la femme au projet sociétal marocain
Un appel à cette occasion a été lancé pour une mise en oeuvre effective de la parité dans les domaines politique, économique, social et culturel et la réaffirmation que la question féminine fait partie intégrante du projet sociétal, démocratique et moderniste du Maroc.  Il s'est accompagné par d'autres appels dénonçant la discrimination, l'exclusion et la marginalisation dont sont victimes les femmes et les régressions accusées sur plusieurs questions relatives aux droits des femmes. Les manifestants ont aussi scandé des slogans appelant notamment à la lutte contre la discrimination et la violence faite aux femmes et au renforcement de leurs capacités politiques, et d'autres plaidant pour placer l'approche genre au coeur des différentes réformes politiques, juridiques et institutionnelles. 
 
Un gouvernement sexiste
A l'approche du siège du parlement, le ton des slogans est devenu plus critique envers le gouvernement présidé par le parti islamiste du PJD (Parti de la Justice et du Développement). Face aux bâtiments de la première chambre, lieu où la marche a pris fin, les voix se sont élevées contre le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane traité de "poltron" et "d'obscurantiste" dans des slogans lui reprochant de "bafouer la dignité de la femme" et appelant à sa démission.
 
"Le mariage des mineures en très forte croissance"
Fouzia Assouli, la présidente de la Fédération de la Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes et coordinatrice du collectif, a indiqué que cette marche constitue l'occasion de procéder à une évaluation de l'action gouvernementale dans le traitement de la question féminine et de "faire entendre notre voix pour dénoncer le recul enregistré dans le domaine des droits des femmes ces dernières années". 

"Le mariage des mineures demeure en très forte croissance. Plus d'un million et demi de familles prises en charge par des femmes vivent dans la précarité. Le taux de chômage est en nette hausse chez les femmes, alors que la violence faite au femme continue de sévir devenant un phénomène très alarmant", a-t-elle ajouté. 
  La Constitution exige l'égalité
Nouzha Skalli, députée du Parti du Progrès et du Développement (PPS), a de son côté expliqué qu'après des décennies de lutte et de militantisme du mouvement féministe pour l'instauration de l'égalité et la parité et le renforcement de la représentativité des femmes en politique, "il est inconcevable aujourd'hui de ne pas poursuivre cette dynamique". 

Elle a appelé à la mobilisation pour placer la question de la femme au coeur du projet de l'édifice démocratique et mettre en oeuvre les dispositions de la Constitution et surtout l'article 19 qui dispose qu'hommes et femmes, les deux "jouissent des mêmes droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental". Milouda Hazib, la présidente du groupe du Parti Authenticité et Modernité (PAM) à la Chambre des Représentants, a exprimé son regret du retard enregistré dans la mise en oeuvre des dispositions de la Constitution de 2011 qui a consacré l'égalité, la parité et la démocratie. 
  L'islam n'est pas machiste
Dans ce contexte, elle a mis l'accent sur la nécessité de mettre en place des mécanismes pour concrétiser une réelle parité dans les différents domaines, tout en soulignant l'urgence de l'adoption de la loi sur la violence faite aux femmes et la mise en place d'un arsenal juridique moderne capable de lutter contre la violence et la discrimination et d'assurer la protection des droits et des libertés des femmes. De son côté, Rihab Hanane, membre du bureau politique de l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), a précisé que le mouvement féministe entend à travers cette marche d'accélérer la mise en oeuvre de la Constitution, et a rappelé que le Maroc qui "s'est engagé depuis de longues années sur la voie de l'édification démocratique" doit promouvoir les principes de la parité et l'égalité. 

Présent sur place pour soutenir les femmes dans leur lutte, le penseur musulman Kamal Znidar a dénoncé les discours et les positions "machistes" du chef du gouvernement limitant le rôle des femmes à rester au foyer et a rappelé qu'en islam, à l'époque du prophète et des califes bien-guidés, les femmes ont joué des rôles d'une très grande importance. L'auteur du livre Islam: meilleure religion au monde a aussi souligné qu'à cause de ces discours et ces positions machistes, l'islam est aujourd'hui mal-vu et perçu comme une religion antiféministe et l'islamisme est devenu synonyme d'un système politique où la liberté et les droits de la femme n'ont pas de la place.