Semaine nationale de l'arbre au Tchad : 54 ans de plantations, mais quel bilan ?

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Semaine nationale de l'arbre au Tchad : 54 ans de plantations, mais quel bilan ?

Par Golmem Ali Emmanuel

Le Tchad célèbre cette année la 54ᵉ édition de la Semaine nationale de l'arbre, placée sous le thème « Un Tchad vert, un avenir durable ». Comme chaque année, des milliers de plants sont mis en terre dans les différentes provinces du pays, en présence des autorités administratives, des élèves, des organisations de la société civile et des partenaires techniques. Cette campagne traduit la volonté des pouvoirs publics de lutter contre la désertification et de restaurer le couvert végétal.


Cependant, au-delà de la mobilisation annuelle, une interrogation demeure : quel est le véritable impact de ces campagnes après plus d'un demi-siècle d'existence ?
Le principal défi ne semble pas être la plantation des arbres, mais leur survie. Dans de nombreuses localités, les jeunes plants ne bénéficient d'aucun suivi après les cérémonies officielles. Faute d'arrosage, de protection contre les animaux, de clôtures ou d'entretien régulier, une grande partie des arbres plantés disparaît quelques semaines ou quelques mois plus tard.


Cette situation interroge l'efficacité des ressources humaines, matérielles et financières mobilisées chaque année. Si des millions de francs sont investis dans l'achat des plants, leur transport et l'organisation des activités, l'absence d'un mécanisme rigoureux de suivi réduit considérablement les résultats attendus.


L'autre défi est celui de l'appropriation citoyenne. Beaucoup de personnes considèrent que les arbres plantés dans le cadre de cette campagne appartiennent exclusivement à l'État. Cette perception décourage parfois les initiatives locales visant à arroser ou protéger les jeunes plants. Pourtant, un arbre ne profite pas uniquement à l'administration qui l'a planté : il améliore la qualité de l'air, lutte contre l'érosion des sols, offre de l'ombre, favorise la biodiversité et contribue à atténuer les effets du changement climatique.


La réussite d'une politique de reboisement ne devrait donc pas être évaluée au nombre de plants mis en terre chaque année, mais au taux de survie des arbres plusieurs années après leur plantation. Des indicateurs précis, des contrôles réguliers et une responsabilisation des collectivités locales, des établissements scolaires, des associations et des communautés pourraient permettre d'améliorer durablement les résultats.


Après 54 éditions, il est peut-être temps de faire évoluer l'approche. Planter des arbres reste indispensable, mais entretenir ceux qui sont déjà en terre l'est tout autant. Sans cette seconde étape, la Semaine nationale de l'arbre risque de demeurer un rendez-vous symbolique plutôt qu'un véritable levier de transformation environnementale.


À l'heure où les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir au Tchad, l'enjeu n'est plus seulement de planter davantage d'arbres, mais de garantir que chaque plant mis en terre ait une réelle chance de devenir un arbre. C'est à cette condition que l'objectif d'un « Tchad vert » pourra progressivement devenir une réalité.