Tchad : à Mbagti 1, le potentiel agricole freiné par le manque de moyens
À Mbagti 1, des terres fertiles pourraient prospérer, mais le manque de moyens modernes freine l'agriculture locale. Les jeunes maraîchers appellent à un soutien pour transformer cette opportunité économique.
À seulement 7 kilomètres de Mbikou, la localité de Mbagti 1 offre un paradoxe saisissant. D’un côté, des terres généreuses, fertiles, capables de produire en abondance. De l’autre, une jeunesse agricole freinée par des conditions de travail rudimentaires, presque d’un autre temps. Ici, le maraîchage se pratique encore "à moyens de bord", entre débrouillardise et résilience.
Dans les champs verdoyants de Mbagti 1, les jeunes ne manquent ni de courage ni de volonté. Armés de houes, de seaux et parfois de motopompes vieillissantes, ils cultivent oignons, tomates, gombo ou encore laitue. Pourtant, derrière cette activité qui pourrait être un véritable levier économique, se cachent des contraintes lourdes qui limitent considérablement la production.
#### Un Système d’Arrosage Dépassé
Le principal défi reste l’accès à l’eau. Dans une zone où le potentiel agricole dépend fortement de l’irrigation, les maraîchers doivent composer avec des équipements vétustes. L’arrosage repose essentiellement sur des groupes électrogènes coûteux à entretenir et à alimenter en carburant. Une solution peu durable, surtout dans un contexte où les prix du carburant fluctuent régulièrement.
Faute de systèmes modernes d’irrigation, comme le goutte-à-goutte ou les pompes solaires, les producteurs sont contraints de limiter leurs surfaces cultivées. Certains réduisent même leurs activités pendant certaines périodes, faute de moyens pour irriguer correctement leurs parcelles. Résultat : une production insuffisante qui ne permet ni de satisfaire les marchés locaux, ni de générer des revenus conséquents.
#### Des Cultures Menacées par les Animaux
Autre difficulté majeure : l’absence de clôtures adéquates. À Mbagti 1, les champs sont souvent ouverts, exposés au passage des animaux en divagation. Bovins, caprins et autres bêtes détruisent régulièrement les cultures, réduisant à néant des semaines de travail.
Pour se protéger, certains jeunes tentent des solutions artisanales, utilisant des branches ou des filets improvisés. Mais ces dispositifs restent inefficaces face à l’ampleur du problème. Sans moyens financiers pour installer des clôtures solides, les pertes agricoles deviennent fréquentes, décourageant progressivement les producteurs.
Malgré ces contraintes, le maraîchage demeure une activité essentielle pour la jeunesse de Mbagti 1. Dans une région marquée par le manque d’emplois formels, il représente une alternative concrète au chômage et à l’exode rural. Beaucoup de jeunes choisissent de rester et de travailler la terre plutôt que de migrer vers les villes ou l’étranger.
Cependant, ce potentiel reste largement sous-exploité. Avec des équipements modernes, un meilleur accès à l’eau et des infrastructures adaptées, Mbagti 1 pourrait devenir un véritable pôle agricole, capable d’approvisionner les marchés environnants et de créer des emplois durables.
Face à cette situation, les jeunes maraîchers lancent un appel implicite aux autorités locales et aux partenaires au développement. L’introduction de systèmes d’irrigation modernes, l’appui à la sécurisation des périmètres agricoles et l’accès à des financements adaptés pourraient transformer radicalement la production.
Investir dans le maraîchage à Mbagti 1, ce n’est pas seulement soutenir une activité agricole. C’est aussi renforcer la sécurité alimentaire, créer des opportunités économiques et freiner l’exode rural.
En attendant, les jeunes continuent de se battre, avec les moyens du bord. Entre espoir et détermination, ils prouvent chaque jour que, même dans des conditions difficiles, la terre peut encore nourrir à condition qu’on lui donne les moyens de s’exprimer pleinement.
Barra Lutter