Tchad : à N’Djamena, la lutte contre le désordre urbain est un défi face à la pauvreté
À N’Djamena, la lutte contre le désordre urbain révèle un défi majeur : combattre la pauvreté structurelle pour éviter une répression inefficace et temporaire.
Par Barra Lutter
Les autorités municipales de N’Djamena affichent une volonté ferme : tolérance zéro face au désordre urbain. Occupation anarchique des voies publiques, mendicité visible dans les rues, comportements jugés inappropriés de certains agents de sécurité, la capitale semble entrer dans une nouvelle phase de régulation stricte visant à restaurer l’ordre public et à moderniser l’espace urbain.
Sur le principe, l’ambition est compréhensible. Aucune ville ne peut fonctionner durablement dans le chaos, et l’exigence d’un cadre urbain organisé est légitime. Mais la question essentielle demeure : peut-on vraiment combattre le désordre sans interroger ce qui le produit ?
Car derrière les scènes de rue souvent dénoncées, se cache une réalité plus profonde, plus structurelle : la pauvreté. À N’Djamena comme dans de nombreuses capitales africaines, la rue n’est pas seulement un espace de transgression des règles urbaines. Elle est aussi, pour une partie de la population, un espace de survie. Vendeurs informels, mendiants, jeunes sans emploi fixe : beaucoup n’occupent pas la voie publique par choix, mais par nécessité.
Dans ce contexte, la seule réponse répressive risque de déplacer le problème sans le résoudre. Chasser les occupations anarchiques sans alternative économique, renforcer les contrôles sans politique sociale d’accompagnement, c’est traiter les symptômes sans toucher à la cause.
L’enjeu n’est donc pas simplement sécuritaire ou esthétique. Il est social, économique et politique. Une ville « moderne » ne se construit pas uniquement par des opérations de nettoyage urbain ou des campagnes de discipline publique. Elle se construit aussi par la création d’opportunités, l’encadrement du secteur informel, l’accès à l’emploi et la prise en charge des populations vulnérables.
La tolérance zéro peut donner l’illusion de l’ordre. Mais un ordre imposé sans inclusion risque d’être fragile, voire temporaire. Car tant que la pauvreté restera structurelle, la rue continuera d’être un refuge.
La véritable question n’est peut-être pas : comment faire disparaître le désordre urbain ? Mais plutôt : comment transformer les conditions sociales qui le rendent inévitable ?
C’est à cette réponse globale, et non à la seule logique de répression, que N’Djamena est aujourd’hui confrontée.