Image

Tchad : après son départ de l’AILC, Ousmane Djougourou fait des révélations et affirme être menacé

Partager
Tchad : après son départ de l’AILC, Ousmane Djougourou fait des révélations et affirme être menacé

Ousmane Abdéramane Inna-djougourou, contrôleur général sortant de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), a réagi sur sa page Facebook, à travers une mise au point, à son remplacement à la tête de l’institution. Dans une longue mise au point, il affirme avoir lui-même demandé à être déchargé de ses fonctions et fait état de présumés détournements découverts au cours des investigations menées dans le secteur pétrolier. Il formule également de graves accusations concernant les incidents survenus lors d’une mission de contrôle à la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT).

Dans sa déclaration, Ousmane Abdéramane Inna-djougourou rappelle l’engagement pris par son équipe d’exercer ses responsabilités dans « l’équité, la justice, la transparence et le strict respect des lois de la République ». Selon lui, l’AILC s’est engagée dans plusieurs opérations destinées à préserver les ressources publiques et à renforcer la lutte contre la corruption.

Dans ce cadre, des missions de contrôle et de vérification ont notamment été engagées auprès de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), de Tchad Petroleum Company (TPC) et de la SONEMIC.

Des investigations sur la gestion des ressources pétrolières

Le contrôleur général sortant affirme que les investigations menées à la SHT avaient permis de relever des éléments laissant présumer d’importants détournements dans la gestion et la commercialisation des ressources pétrolières.

Il évoque notamment des « écarts particulièrement significatifs » entre les prix auxquels le brut tchadien aurait été vendu et les prix de référence du marché international durant les mêmes périodes.

Ousmane Abdéramane Inna-djougourou assure que les équipes de l’AILC ont recueilli et documenté des éléments qu’il qualifie de « preuves irréfutables ». Il affirme que ces informations pourraient être rendues publiques « le moment venu », au nom de l’intérêt supérieur de la Nation.

La mission de contrôle menée à la SHT a toutefois été interrompue dans des circonstances qu’il qualifie d’« exceptionnelle gravité ». Il dénonce l’intervention d’hommes armés dans les opérations conduites par les agents de l’AILC.

Selon lui, ces événements ont non seulement mis un terme aux investigations à la SHT, mais font également planer des incertitudes sur la poursuite des contrôles engagés au TPC et à la SONEMIC.

Il affirme avoir demandé son départ

Réagissant aux informations présentant son départ comme un limogeage, Ousmane Abdéramane Inna-djougourou assure que son remplacement ne constitue pas une surprise.

Il affirme avoir lui-même demandé au président de la République d’être déchargé de ses fonctions, estimant ne plus pouvoir accomplir convenablement sa mission.

« Lorsque la noble mission de prévention et de lutte contre la corruption devient impossible, au point que des gangs armés s’immiscent dans les opérations de contrôle et de vérification, rester en fonction n’aurait plus de sens », explique-t-il.

L’ancien responsable affirme également avoir adressé au chef de l’État un rapport circonstancié sur les incidents survenus à la SHT, dans lequel il aurait demandé des sanctions contre leurs responsables.

De graves accusations contre le pouvoir

Dans sa mise au point, Ousmane Abdéramane Inna-djougourou va plus loin en affirmant que l’ordre d’arrestation de l’équipe de l’AILC aurait directement émané du président de la République.

Il considère qu’un tel acte constituerait une violation des lois de la République et demande que sa portée juridique soit examinée afin de déterminer s’il pourrait, au regard des dispositions constitutionnelles, relever de la « haute trahison » et éventuellement justifier une procédure de destitution du chef de l’État.

Il s’agit à ce stade d’accusations formulées par le contrôleur général sortant de l’AILC dans sa déclaration. Aucun élément indépendant présenté dans cette mise au point ne permet, à lui seul, d’en établir la véracité.

Ousmane Abdéramane Inna-djougourou dit être menacé

Le responsable sortant affirme par ailleurs faire l’objet de « graves menaces » depuis les événements survenus à la SHT. Selon lui, celles-ci mettraient directement en danger son intégrité physique et sa famille ainsi que ses proches en seraient témoins.

Il insiste également sur le caractère national des ressources pétrolières, minières et financières du pays, estimant que leur gestion doit servir exclusivement l’intérêt général et l’amélioration des conditions de vie des Tchadiens.

Pour Ousmane Abdéramane Inna-djougourou, son départ de l’AILC ne met donc pas fin aux interrogations soulevées par les investigations entreprises sous sa direction.

« Les régimes passent mais l’exigence de vérité, de transparence et de reddition des comptes demeure », affirme-t-il.

Dans la dernière partie de sa déclaration, le contrôleur général sortant critique sévèrement la gouvernance du pays et appelle les Tchadiens à « tirer toutes les leçons qui s’imposent » et à défendre leurs droits, leur dignité et leur avenir.

Il conclut en réaffirmant son engagement contre la corruption et l’impunité, estimant que « le Tchad n’appartient à aucun clan, à aucun système, à aucun intérêt particulier » et que le pays constitue un « patrimoine commun » de l'ensemble des Tchadiens.

Image
Image