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Tchad : cette culture du « ça va aller » qui bloque le changement

Au Tchad, la formule populaire du « ça va aller » masque parfois une dangereuse résignation. Entre réformes institutionnelles et exigence citoyenne, le pays cherche à tourner la page de l'attentisme.

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Tchad : cette culture du « ça va aller » qui bloque le changement

Par Barra Lutter

« Ça va aller. » Trois mots devenus presque une philosophie du quotidien. Face à une route dégradée, à une administration lente, à une panne d’électricité, à une accumulation de déchets ou à une promesse non tenue, la réponse revient souvent : « Ça va aller ». Cette formule peut sembler anodine. Pourtant, lorsqu’elle devient une manière permanente de repousser les problèmes, elle finit par installer une dangereuse culture de la résignation.

Le Tchad veut avancer, moderniser ses institutions, améliorer ses services publics et construire une économie plus diversifiée. Mais comment accélérer le développement si l’urgence est constamment reportée à demain ?

Quand patienter devient une habitude

La patience est une qualité. La résignation en est une autre. Dire « ça va aller » pour garder espoir est parfaitement humain. Mais dire « ça va aller » pour éviter de poser une question, réclamer un service ou demander des comptes peut devenir un frein collectif.

Lorsqu'une route reste impraticable pendant des années et que personne ne demande de calendrier précis, le problème finit par devenir normal. Lorsqu'un service public fonctionne mal et que les citoyens s'habituent à attendre, l'inefficacité risque de s'installer.

Le danger n'est donc pas l'expression elle-même. C'est ce qu'elle peut cacher : l'acceptation progressive de l'inacceptable.

Le changement exige de sortir de la résignation

Le Tchad dispose pourtant aujourd'hui de plusieurs cadres destinés à transformer l'action publique. La décentralisation est notamment présentée comme un moyen de rapprocher les décisions des citoyens et de renforcer la responsabilité locale. Le PNUD souligne que les élections locales de décembre 2024 ont ouvert la voie à l'installation des conseils provinciaux et communaux.

Mais une réforme, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire de résultats sans une culture du suivi.

Il ne suffit pas d'annoncer une politique. Il faut demander : où en est-elle ? Combien a-t-elle coûté ? Quels résultats a-t-elle produits ? Pourquoi certains objectifs n'ont-ils pas été atteints ? C'est ainsi qu'une société passe de l'attente à la responsabilité.

Le citoyen doit aussi changer de posture

Le débat sur le changement ne peut pas concerner uniquement les dirigeants. Le citoyen doit également accepter sa part de responsabilité.

On réclame une ville propre, mais certains continuent de jeter leurs déchets dans la rue. On exige une administration efficace, mais on accepte parfois les passe-droits lorsqu'ils nous arrangent. On dénonce la corruption, tout en trouvant des excuses à certaines pratiques lorsqu'elles profitent à notre entourage. Cette contradiction doit être combattue.

Le développement du Tchad ne dépend pas seulement des décisions prises dans les bureaux de l'État. Il dépend aussi des comportements quotidiens dans les quartiers, les marchés, les écoles, les entreprises et les administrations.

Passer du « ça va aller » au « que fait-on ? »

La véritable rupture culturelle consisterait à remplacer une formule par une autre.

Au lieu de dire « ça va aller », demandons : « Que pouvons-nous faire pour que cela aille mieux ? » Cette question change tout. Elle oblige à identifier le problème, à chercher une solution, à désigner les responsabilités et à mesurer les résultats.

C'est précisément l'esprit des réformes de gouvernance engagées dans le pays. Le gouvernement et ses partenaires travaillent notamment sur la modernisation de l'administration, la gestion des finances publiques et la décentralisation.

Mais ces réformes doivent sortir des documents officiels pour entrer dans la vie quotidienne.

L'urgence de rendre des comptes

Une société moderne ne peut pas fonctionner uniquement sur la confiance et l'espoir. Elle a besoin de mécanismes de contrôle et de responsabilité.

Le FMI souligne d'ailleurs que les faiblesses de gouvernance et les risques de corruption peuvent réduire l'efficacité des réformes, fragiliser les institutions et nuire au développement durable.

Le Tchad ne doit donc plus considérer la reddition des comptes comme une confrontation. Elle doit devenir une pratique normale de la gestion publique.

Un responsable qui rend compte ne perd pas son autorité. Il renforce la confiance. Il est temps que le « ça va aller » change de sens.

Le Tchad peut continuer à espérer. Mais l'espoir doit désormais être accompagné d'action.

Dire « ça va aller » devrait signifier : nous avons identifié le problème, nous avons un plan et nous allons vérifier les résultats.

Sinon, cette expression risque de devenir le symbole d'une société qui accepte trop facilement les retards, les dysfonctionnements et les promesses sans lendemain.

Le pays n'a pas besoin de perdre son optimisme. Il doit simplement transformer cet optimisme en exigence.

Car le changement ne commence pas lorsque tout va bien. Il commence lorsque nous refusons de considérer que le dysfonctionnement est la norme.

Et si le véritable premier pas vers un nouveau Tchad consistait simplement à remplacer « ça va aller » par « agissons maintenant » ?

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