Tchad : crise du marché du bétail à l'approche de la Tabaski

À l’approche de la Tabaski, les prix des moutons explosent au Tchad, révélant un marché du bétail désorganisé et spéculatif, rendant l'achat inaccessible pour de nombreuses familles.

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Tchad : crise du marché du bétail à l'approche de la Tabaski

Par Barra Lutter

À l’approche de la Tabaski, les familles étouffent sous la hausse des prix des moutons. Entre spéculation, absence de régulation et désordre dans les marchés à bétail, la fête religieuse devient un casse-tête pour des milliers de ménages.

Pourtant, des solutions existent : une véritable gouvernance du secteur de l’élevage pourrait stopper cette flambée devenue chronique. Chaque année, le même scénario se répète. À quelques semaines de la Tabaski, les prix des moutons prennent l’ascenseur pendant que les revenus des citoyens restent au rez-de-chaussée.

Dans un pays pourtant reconnu pour son immense cheptel, acheter un mouton est devenu un luxe réservé à une minorité. Certains animaux coûtent aujourd’hui entre 60 000 et 150 000 FCFA, soit plusieurs mois de revenus pour de nombreuses familles.

Cette situation révèle un profond problème de gouvernance du marché du bétail. Car il ne s’agit plus seulement d’une hausse saisonnière liée à la forte demande de la Tabaski. Il s’agit désormais d’un système dominé par la spéculation, l’absence de contrôle des prix et la multiplication des intermédiaires qui gonflent artificiellement les coûts. Le paradoxe est choquant.

Comment un pays à vocation pastorale peut-il voir ses citoyens incapables d’acheter un mouton à des prix raisonnables ? Où passent les politiques publiques destinées à protéger les consommateurs et les éleveurs ? Pourquoi les autorités attendent-elles toujours la veille de la Tabaski pour réagir dans l’urgence ? La vérité est simple : le marché du bétail fonctionne presque sans régulation.

Les éleveurs vendent souvent leurs animaux à bas prix dans les villages, pendant que les revendeurs et spéculateurs réalisent des bénéfices excessifs dans les centres urbains. Résultat : ni l’éleveur ni le consommateur ne gagnent réellement.

Face à cette crise répétitive, il devient urgent de mettre en place une véritable gouvernance du secteur. Cela passe par l’organisation des circuits de commercialisation, la création de marchés modernes et contrôlés, la limitation des intermédiaires abusifs et surtout l’instauration d’un mécanisme public de suivi des prix avant la Tabaski.