Tchad : cybercafés, une transformation nécessaire face à l'ère du smartphone
Les cybercafés tchadiens, confrontés à l'essor des smartphones, se réinventent en centres de services numériques pour survivre. Leur avenir dépend de leur capacité à répondre aux nouveaux besoins numériques.
Par Barra Lutter
L'essor du smartphone a bouleversé les habitudes numériques en Afrique. Messenger, WhatsApp, paiements mobiles, réseaux sociaux ou démarches administratives tiennent désormais dans une poche. Face à cette révolution, les cybercafés, longtemps symboles de la démocratisation d'Internet, semblent appartenir à une autre époque. Pourtant, au Tchad, leur disparition n'est ni totale ni inéluctable. Ils sont confrontés à une question essentielle : comment survivre dans un monde où chacun porte Internet dans sa main ?
Fin de l’âge d'or
Au début des années 2000, le cybercafé était une étape obligée. Étudiants, fonctionnaires, chercheurs d'emploi et commerçants s'y rendaient pour envoyer un courrier électronique, effectuer une recherche ou rédiger un document. Les salles étaient souvent pleines et les ordinateurs rarement inoccupés.
Vingt ans plus tard, le décor a changé. Les smartphones, devenus plus abordables, et les forfaits Internet proposés par les opérateurs ont profondément modifié les usages. « Avant, je recevais près de 80 clients par jour. Aujourd'hui, certains jours, je n'en vois même pas vingt », confie Adoum Djidda, le gérant d'un cybercafé au quartier Chagoua.
Ce constat se répète dans plusieurs quartiers de la capitale. De nombreux établissements ont fermé leurs portes, incapables de faire face à la baisse de fréquentation.
Le smartphone n'a pas tout remplacé
Pourtant, les cybercafés continuent d'accueillir une clientèle fidèle. Les étudiants viennent imprimer leurs mémoires, les candidats aux concours déposent leurs dossiers en ligne, tandis que les demandeurs d'emploi sollicitent une aide pour rédiger un CV ou scanner des documents.
« Faire certaines démarches administratives sur un téléphone reste compliqué. Quand il faut remplir plusieurs formulaires ou convertir des fichiers, je préfère venir ici », explique Adeline Parfaite, une étudiante rencontrée dans un cybercafé.
Cette réalité met en lumière une fracture numérique souvent ignorée. Posséder un smartphone ne signifie pas forcément maîtriser les outils numériques. Beaucoup d'usagers ont encore besoin d'un accompagnement, notamment pour les plateformes administratives, les candidatures en ligne ou les logiciels de bureautique.
Se transformer pour survivre
Les cybercafés qui résistent sont ceux qui ont compris que leur avenir ne repose plus uniquement sur l'accès à Internet.
Formation en informatique, création de CV, impression couleur, reliure de mémoires, graphisme, saisie de documents, services administratifs numériques ou encore assistance aux inscriptions universitaires : les activités se diversifient.
Certains établissements proposent même des espaces de travail avec connexion haut débit, répondant aux besoins des travailleurs indépendants, des étudiants et des jeunes entrepreneurs confrontés aux coupures d'électricité ou à une connexion domestique instable.
Autrement dit, le cybercafé devient progressivement un véritable centre de services numériques de proximité.
Une mutation plutôt qu'une disparition
L'histoire des cybercafés rappelle que les innovations technologiques ne font pas toujours disparaître les anciens métiers. Elles les obligent à évoluer.
Dans un pays où l'accès à un ordinateur personnel demeure limité pour une partie de la population, où la dématérialisation des services publics progresse et où les compétences numériques restent inégalement réparties, ces espaces conservent une utilité sociale.
Leur avenir dépendra moins du nombre de smartphones en circulation que de leur capacité à répondre à de nouveaux besoins : accompagner les citoyens dans leur transition numérique, former les jeunes et offrir des services qu'un simple téléphone ne peut assurer.
Les cybercafés ne sont donc pas condamnés par le smartphone. Ils sont confrontés à un choix décisif : disparaître avec un modèle dépassé ou se réinventer pour devenir les nouveaux guichets du numérique. Dans cette course contre le temps, les plus innovants auront encore une place dans le paysage numérique tchadien.