Tchad : débat sur les mères célibataires, les hommes oubliés
Le débat sur les mères célibataires au Tchad, déclenché par Ange d'Or, met en lumière l'oubli des responsabilités masculines et la stigmatisation des femmes.
Par Barra Lutter
Les propos du chantre Ange d'Or, affirmant qu'« on n'épouse pas une mère célibataire », ont déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Entre indignation, approbation et invectives, le débat s'est rapidement transformé en procès public des femmes. Pourtant, derrière cette polémique se cache une question plus profonde : pourquoi le célibat est-il presque toujours perçu comme un problème féminin alors qu'il concerne tout autant les hommes ?
Les réseaux sociaux ont cette capacité de transformer une déclaration en phénomène national. Les mots du chantre Ange d'Or n'ont pas échappé à cette règle. En quelques heures, vidéos, commentaires et publications se sont multipliés, chacun voulant défendre sa conception du mariage, de la famille ou de la morale.
Mais à mesure que les échanges s'intensifient, une évidence s'impose : le débat s'est presque exclusivement focalisé sur les mères célibataires. Comme si elles étaient les seules responsables des familles monoparentales ou des difficultés liées au mariage.
Cette lecture est pourtant réductrice. Une mère célibataire n'est jamais devenue mère seule. Derrière chaque enfant se trouve également un père. Or, dans les discussions en ligne, ce dernier disparaît presque complètement du paysage. Les critiques s'abattent sur les femmes, tandis que les responsabilités masculines restent largement passées sous silence.
Cette asymétrie n'est pas nouvelle. Dans de nombreuses sociétés africaines, le regard social demeure plus sévère envers les femmes qu'envers les hommes lorsqu'il s'agit de vie conjugale.
Réduire une personne à son statut de mère célibataire revient à ignorer la complexité des parcours de vie. Certaines femmes ont été abandonnées pendant leur grossesse. D'autres sont veuves, divorcées ou ont quitté une relation marquée par les violences. D'autres assument seules l'éducation de leurs enfants parce que le père refuse ses responsabilités.
Inversement, des milliers d'hommes vivent également le célibat, parfois avec des enfants à leur charge. Pourtant, cette situation suscite rarement la même stigmatisation.
Le véritable débat devrait donc porter sur la responsabilité parentale, l'engagement des deux parents et la protection des enfants, plutôt que sur une condamnation morale visant une seule catégorie de personnes.
Les réseaux sociaux favorisent souvent les prises de position tranchées. Ils laissent peu de place aux nuances et privilégient les formules qui choquent. Mais une société ne peut construire ses valeurs sur des slogans ou des jugements définitifs.
Au fond, la polémique autour d'Ange d'Or met en lumière une réalité plus profonde : les mentalités peinent encore à évoluer sur les questions de famille et d'égalité des responsabilités.
Le mariage reste une institution importante dans les sociétés africaines. Cependant, il ne peut être réduit à un simple critère lié au passé d'une personne. Ce qui fonde durablement une union demeure le respect, la confiance, la capacité à construire un projet commun et l'engagement réciproque.
En faisant des mères célibataires le cœur du débat, les internautes passent peut-être à côté de l'essentiel. La véritable question n'est pas de savoir qui mérite d'être épousé, mais comment construire une société où hommes et femmes assument, à parts égales, leurs responsabilités familiales.
Les polémiques naissent, enflamment les réseaux puis disparaissent. Les préjugés, eux, surviennent souvent bien plus longtemps. C'est précisément contre ces jugements à sens unique que devrait s'orienter le débat public. Une chronique digne de ce nom ne cherche pas à distribuer les torts selon le genre, mais à rappeler qu'une société équilibrée exige une même exigence morale pour tous.