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Tchad : des cadres de la Dodjé dénoncent une dégradation sécuritaire et réclament des mesures urgentes

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Tchad : des cadres de la Dodjé dénoncent une dégradation sécuritaire et réclament des mesures urgentes

Par Golmem Ali Emmanuel

La situation sécuritaire et humanitaire dans le département de la Dodjé, province du Logone Occidental, suscite une vive inquiétude chez des cadres originaires de la zone résidant à Moundou. Dans un point de presse rendu public le 18 août, leur collectif dénonce une série d’attaques, de destructions de biens et de déplacements de populations, tout en appelant les autorités à renforcer la protection des civils.

Dans leur déclaration, les cadres affirment avoir pris la parole face à ce qu’ils qualifient de « terreur », de « drame humanitaire » et de « faillite sécuritaire » dans plusieurs localités de la Dodjé. Ils précisent que les informations avancées ont, selon eux, été documentées et confirmées sur le terrain par une mission conjointe impliquant notamment le Conseil provincial du Logone Occidental, la Délégation provinciale de l’Action sociale, le sous-préfet de Laokassy, les forces de l’ordre et les chefs de 14 villages sinistrés.


Des pertes humaines et d’importants dégâts matériels

Selon le collectif, la sous-préfecture de Laokassy aurait été particulièrement touchée entre mai et août 2026. Six personnes auraient été tuées à Doguigui Mékab, Doguigui Birim et Bardobadjé.

Le bilan présenté fait également état de 472 maisons incendiées, ainsi que de la destruction de 43 hangars, six boutiques, 16 moulins et neuf motos. À cela s’ajouteraient 4 187 hectares de champs détruits, alors que les cultures étaient en pleine période de floraison.


Le collectif évoque également le vol de centaines de bœufs d’attelage et l’abattage de 500 volailles, des pertes qui auraient lourdement affecté les moyens de subsistance des ménages ruraux.


La situation aurait par ailleurs provoqué le déplacement forcé de 1 855 personnes vers Dafra, dans la province de la Tandjilé, le 8 juillet 2026. Parmi elles figureraient 1 188 enfants, 30 femmes enceintes, 59 personnes handicapées et 17 personnes âgées.


Trois jours avant la publication du point de presse, le collectif rapporte aussi la mort de Mbainaissem Djégangbé Jérémie, présenté comme ayant été assassiné le 15 août 2026 à Bardobadjé par un groupe d’hommes armés qui aurait emporté son troupeau.


Le collectif rejette la notion de simple conflit agriculteurs-éleveurs
Les signataires contestent par ailleurs l'utilisation de l'expression « conflit agriculteurs-éleveurs » pour qualifier les violences dans la Dodjé. Ils parlent plutôt d'une « guerre d'occupation spatiale » et d'une expulsion progressive des populations autochtones de leurs terres.


Le collectif met également en cause la réaction des autorités locales. Il rappelle notamment que les autorités provinciales avaient annoncé, le 19 juin 2026 à Moundou, l'objectif de « zéro affrontement, zéro perte en vies humaines, zéro destruction de cultures ». Selon les signataires, le déplacement massif de populations enregistré quelques semaines plus tard témoignerait de l'écart entre ces engagements et la réalité vécue sur le terrain.


Les cadres dénoncent aussi ce qu'ils considèrent comme une insuffisance de réaction des autorités administratives et sécuritaires. Ils évoquent notamment l'immobilisation, à Béïnamar, d'une mission des forces de défense et de sécurité déployée le 7 août pour rétablir l'ordre, en raison d'un problème de carburant.

Des demandes adressées au chef de l'État


Face à cette situation, le Collectif des cadres du département de la Dodjé résidant à Moundou adresse plusieurs demandes aux autorités nationales.


Il réclame notamment le remplacement du préfet du département de la Dodjé, des sous-préfets de Béïnamar, Laokassy, Beïssa et Tapol, ainsi que du commandant de compagnie de la gendarmerie de la Dodjé, qu'il accuse de manquements graves dans leur mission de protection des populations.


Le collectif demande également un déploiement effectif des forces de défense et de sécurité dans les zones affectées, l'organisation de patrouilles permanentes dans les espaces cultivables et la reconstruction du poste de sécurité incendié.


Parmi les autres revendications figurent le désarmement des individus circulant avec des armes, le retrait des troupeaux arrivés récemment en dehors des couloirs légaux de transhumance et l'ouverture d'enquêtes judiciaires sur les assassinats, les vols de bétail, les destructions de champs et l'incendie du poste de sécurité.


Les cadres souhaitent aussi l'organisation du retour sécurisé des déplacés de Dafra, accompagné d'une assistance humanitaire comprenant abris, nourriture, soins de santé et eau potable. Ils demandent enfin la gratuité de la scolarité pour les enfants sinistrés au titre de l'année scolaire 2026-2027.


Le collectif appelle par ailleurs à une mission d'inspection administrative sur la gestion territoriale de la Dodjé ainsi qu'à une mission d'information parlementaire auprès des victimes.


À travers cette sortie, les cadres affirment ne réclamer « ni privilège, ni traitement d'exception », mais le retour effectif de l'État et la protection des populations. Ils estiment que l'application de la loi « dans toute sa rigueur et sans discrimination » constitue, à leurs yeux, une condition essentielle au rétablissement de la coexistence pacifique dans le département.

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