Tchad : des enfants livrés au commerce de ferraille pour survivre dans la capitale
Des enfants tchadiens collectent de la ferraille pour survivre, compromettant leur éducation et leur sécurité. Malgré les lois, la pauvreté persiste, exposant ces mineurs à des risques quotidiens.
Par Katchibé Mapagne
Des mineurs de moins de 13 ans sillonnent les rues et les poubelles de la capitale tchadienne pour collecter et vendre de la ferraille, au péril de leur scolarité et de leur sécurité, afin de subvenir à leurs besoins.
Dans les artères de N'Djamena, une scène est devenue familière : des enfants âgés de 10 à 13 ans, poussant des charrettes ou portant de lourds sacs, collectent des morceaux de métal et de ferraille, appelés localement "adjith kilos", pour les revendre à la pièce ou au kilogramme. Une activité qui révèle une réalité socioéconomique préoccupante.
Dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Walia, Chagoua, Diguel ou encore Gassi, ces jeunes garçons et filles passent leurs journées à fouiller les décharges, les chantiers de construction et les bords de route à la recherche de fer et de vieux métaux. Le fruit de leur collecte est ensuite vendu à des ferrailleurs ou à des intermédiaires pour quelques centaines de francs CFA.
"Je peux gagner entre 500 et 1000 francs CFA par jour quand j'ai de la chance de faire le tour dans plusieurs poubelles du quartier", confie Moussa, 12 ans, rencontré près d'un dépôt de ferraille dans le 8e arrondissement. Déscolarisé depuis deux ans, il explique aider sa mère veuve à nourrir ses frères et sœurs. "Si je ne travaille pas, nous ne mangeons pas", dit-il d'une voix timide.
Pour la plupart de ces enfants, cette activité n'est pas un choix mais une nécessité. Certains soutiennent financièrement leur famille tandis que d'autres cherchent simplement à satisfaire leurs besoins quotidiens. La pauvreté, le chômage des parents et les difficultés d'accès à l'éducation constituent les principales causes de ce phénomène.
Au-delà de la précarité économique, la collecte de ferraille expose ces mineurs à de nombreux risques. Coupures, blessures causées par des objets tranchants, infections, inhalation de substances nocives et accidents de la circulation font partie de leur quotidien. À cela s'ajoutent les risques d'exploitation économique et les violences auxquelles ils peuvent être confrontés dans la rue.
"Ces enfants effectuent un travail dangereux qui compromet leur santé, leur éducation et leur développement", déplore Gapili Lemba Valentin à N'Djamena. Selon lui, le phénomène tend à prendre de l'ampleur dans certains quartiers périphériques de la capitale sous l'effet de la dégradation des conditions de vie de nombreuses familles.
Cette situation a également des conséquences directes sur la scolarisation. Plusieurs enfants interrogés reconnaissent manquer régulièrement les cours ou avoir abandonné l'école pour se consacrer à cette activité génératrice de revenus. Une réalité qui compromet sérieusement leurs perspectives d'avenir.
Pourtant, le Tchad a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant ainsi que plusieurs conventions internationales de lutte contre le travail des enfants. Le Code du travail tchadien interdit également l'emploi des mineurs dans des activités dangereuses susceptibles de nuire à leur santé ou à leur développement.
Malgré ce cadre juridique, l'application des textes reste limitée sur le terrain. Des acteurs de la société civile appellent les autorités à renforcer les mécanismes de protection sociale, à soutenir les familles vulnérables et à favoriser le maintien des enfants à l'école.
Face à cette réalité, plusieurs observateurs estiment qu'une réponse durable passe par une meilleure prise en charge des ménages en situation de précarité, la création d'opportunités économiques pour les parents et le renforcement des programmes de protection de l'enfance. Sans mesures concrètes, de nombreux enfants continueront à arpenter les rues de N'Djamena, le regard tourné vers les tas de ferraille plutôt que vers les bancs de l'école.