Tchad : "Dr Masra s’en sortira, sans aucun doute" (Tribune)

"Le Tchad a aujourd’hui besoin de jeunes responsables capables de voir grand, de dépasser les intérêts partisans, les clivages régionaux et les oppositions de circonstance pour construire un véritable projet national."

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Tchad : "Dr Masra s’en sortira, sans aucun doute" (Tribune)
Dr. Masra Succes. © DR

Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio, expert en gestion de conflits, président du CEDPE

L’espoir doit toujours demeurer, car les grandes figures politiques se construisent souvent dans l’épreuve plus que dans la facilité.

Nelson Mandela a passé injustement 27 années derrière les barreaux, mais son histoire démontre qu’une longue épreuve n’est pas nécessairement la fin d’un destin ; elle peut aussi être le début d’une grande mission. A sa sortie de prison, il ne s’est pas contenté de devenir président des noirs Sudafricains. Il a porté un projet de société fondé sur la justice, la paix, la réconciliation et l’égalité entre les citoyens sans exception. Grâce à sa vision et à son leadership, l’Afrique du Sud est devenue une référence mondiale en matière de transition démocratique et un symbole de dépassement des divisions raciales.
 
Je me rappelle d’un passage du livre « Le Sourire de Mandela » qui m’a particulièrement marqué. Il y est raconté qu’au moment où le directeur de la sécurité avait proposé au président sud-africain, Frederik Willem de Klerk, de rencontrer discrètement Mandela, alors encore emprisonné, cette idée avait d’abord été catégoriquement rejetée. Mais après plusieurs insistances, le président accepta finalement une rencontre secrète, organisée de nuit et loin des regards. A cette occasion, il fut surpris de découvrir une personnalité hors du commun, un homme dont la vision dépassait largement la seule cause des Noirs qu’il avait défendus durant toute sa vie. Mandela ne pensait pas en termes de victoire d’une communauté sur une autre, il réfléchissait déjà à l’avenir de toute une nation.
 
C’est précisément ce qui faisait sa grandeur. Mandela n’était pas animé par l’esprit de vengeance, malgré les injustices qu’il avait subies. Il n’était guidé ni par la rancune ni par la haine. Au contraire, il croyait profondément que l’avenir ne pouvait être construit sur les blessures du passé. Sa vision politique reposait sur un principe simple mais puissant "one man, one vote" un homme, une voix, garantissant l’égalité politique entre tous les citoyens, sans distinction de race ou d’origine.
 
Cette leçon dépasse largement le cas sud-africain. Elle rappelle qu’un dirigeant est jugé moins par sa capacité à mobiliser une partie de la population que par son aptitude à rassembler toute une nation autour d’un projet commun.
 
Dr Masra s’en sortira, sans aucun doute. Mais au-delà de son destin personnel ou politique, je lui souhaite de pardonner, d’oublier l’acharnement d’un régime injuste, des avocats à la solde de l’injustice, surtout d’en sortir grandi, avec une vision plus large et plus rassembleuse, loin des slogans creux et des divisions qui fragilisent le pays. Certes, son passage à la primature n’a pas répondu aux attentes de nombreux tchadiens et peut être considéré comme une expérience décevante qui ne l’a peut-être pas transformé. Mais la politique est aussi une école où les échecs peuvent devenir des leçons et les difficultés des occasions de mûrir.
 
Le Tchad a aujourd’hui besoin de jeunes responsables capables de voir grand, de dépasser les intérêts partisans, les clivages régionaux et les oppositions de circonstance pour construire un véritable projet national.

L’espoir doit toujours demeurer, car les grandes figures politiques se construisent souvent dans l’épreuve plus que dans la facilité.