> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://www.alwihdainfo.com/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Tchad : entre clientélisme et mérite, l'impératif de la compétence dans la gestion publique
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-entre-clientelisme-et-merite-limperatif-de-la-competence-dans-la-gestion-publique/
- Published: 2026-08-26T10:52:07.000Z
- Updated: 2026-08-26T10:52:07.000Z
- Description: Au Tchad, l'attribution des postes publics oscille souvent entre fidélité politique et appartenance. Face aux défis immenses du pays, l'urgence est de placer la compétence et la culture du résultat au cœur de l'État.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Santé

**Par Barra Lutter**

Dans un État moderne, nommer un responsable ne devrait pas être une récompense politique, une faveur personnelle ou un simple jeu d’équilibres. Une nomination publique engage l’avenir d’une institution et, au-delà, celui de toute une nation. Au Tchad, où les défis de développement sont immenses, la question mérite d’être posée sans détour : faut-il privilégier la loyauté, les réseaux et les appartenances, ou enfin placer la compétence au cœur de la décision publique ?

Une nomination n’est jamais une affaire privée

Choisir un ministre, un directeur général, un gouverneur ou un responsable d’une institution publique n’est pas un acte anodin. Ce n’est pas comme choisir le responsable d’une association ou d’une entreprise familiale. Derrière chaque nomination se trouve l’argent du contribuable, le fonctionnement d’un service public et parfois le destin de milliers de citoyens.

Un mauvais choix à la tête d’une administration peut ralentir une réforme, bloquer des investissements, décourager les agents et, surtout, coûter cher à la collectivité. C’est pourquoi la question des compétences ne devrait jamais être secondaire.

Un responsable public doit connaître son secteur, comprendre ses enjeux, maîtriser les outils de gestion et être capable de rendre des comptes. La loyauté politique peut avoir son importance dans la conduite d’un gouvernement. Mais elle ne peut pas remplacer l’expertise.

Le mérite ne doit pas devenir l’exception

Dans de nombreux pays, la question de la méritocratie est devenue un enjeu central de la modernisation de l’administration. Le Rwanda, par exemple, a fortement misé sur la performance de l’administration publique, la discipline institutionnelle et l’évaluation des résultats. À Singapour, la sélection des hauts responsables publics repose depuis longtemps sur une logique exigeante de compétences, de formation et de performance.

Ces modèles ne sont évidemment pas transposables tels quels au Tchad. Mais leur expérience pose une question universelle : comment construire un État efficace si les meilleurs profils ne sont pas toujours placés aux bons endroits ?

Le patriotisme ne devrait pas seulement consister à soutenir un régime ou une personnalité. Il devrait aussi consister à accepter de servir son pays là où l’on est réellement compétent.

Le coût caché des mauvais profils

On parle souvent du coût financier d’une mauvaise décision publique. On parle moins du coût humain et institutionnel. Lorsqu’un poste stratégique est confié à une personne insuffisamment préparée, ce sont des projets qui prennent du retard, des budgets qui sont mal exécutés, des réformes qui restent dans les tiroirs et des citoyens qui attendent.

Dans un pays confronté au chômage des jeunes, au déficit d’infrastructures, aux difficultés énergétiques, aux problèmes d’accès à l’eau et aux urgences sanitaires, le Tchad ne peut pas se permettre de perdre du temps.

Chaque ministère, chaque entreprise publique, chaque administration possède ses propres exigences. La compétence devrait donc être la première question posée avant toute nomination : cette personne est-elle capable de produire des résultats ?

L’appartenance ne doit pas remplacer la compétence

La diversité régionale, communautaire ou politique peut naturellement être prise en compte dans la construction d’un État. Mais elle ne devrait jamais devenir le principal critère de recrutement ou de nomination.

Un pays ne se développe pas parce que toutes ses composantes sont représentées symboliquement dans les bureaux. Il se développe lorsque ses institutions fonctionnent.

Il faut donc dépasser cette logique où l’on se demande d’abord : De quelle région vient-il ?, À quel camp appartient-il ?, Qui le soutient ? La question prioritaire devrait être : Qu’est-ce qu’il sait faire ? Cette simple interrogation pourrait changer profondément la culture administrative.

L’urgence d’une culture du résultat

Le Tchad n’a pas seulement besoin de nouvelles nominations. Il a besoin d’une nouvelle culture de la responsabilité. Nommer ne suffit pas, il faut évaluer.

Un responsable public devrait pouvoir présenter des objectifs précis, des résultats mesurables et un bilan à intervalles réguliers. La reconduction à un poste devrait dépendre davantage de la performance que de la proximité. Cette logique permettrait également de redonner confiance aux jeunes diplômés et aux cadres compétents qui peuvent parfois avoir le sentiment que leurs qualifications ne suffisent pas à ouvrir les portes de la responsabilité publique.

L’intérêt national avant les intérêts particuliers

La vraie question n’est finalement pas de savoir si un pouvoir doit nommer ses proches, ses alliés ou ses fidèles. Tout gouvernement a besoin de personnes en qui il a confiance. Mais la confiance politique et la compétence technique ne sont pas incompatibles. Le véritable enjeu est de les réunir.

Le Tchad ne manque pas nécessairement de talents. Il manque surtout d’un système capable de les identifier, de les promouvoir et de les placer là où ils peuvent être utiles à la collectivité.

Une nomination publique ne devrait jamais être une récompense. Elle devrait être une mission. Et lorsque l’intérêt national entre en conflit avec les intérêts particuliers, le choix devrait être évident : le pays d’abord.