Tchad : face à l’avancée de la désertification, les pépiniéristes plaident pour un reboisement tout au long de l’année
Entre urgence climatique, impératifs économiques des pépiniéristes et vastes chantiers de reboisement, l'efficacité de la Semaine nationale de l'arbre au Tchad interroge quant à sa périodicité annuelle.
Par Abdelaziz Oumar
Instituée par l’ordonnance n° 72-029 du 30 octobre 1972, la Semaine nationale de l’arbre vise à organiser des manifestations populaires pour protéger la nature, promouvoir le reboisement et sensibiliser la population à l’importance de l’environnement. Elle encourage également la plantation et l’entretien des arbres afin de lutter contre la désertification.
Lors de la réunion ministérielle de haut niveau tenue du 17 au 24 août 2026 à Oulan-Bator, en Mongolie, en marge de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, a indiqué que plus de 91 % du territoire national se trouve dans des zones arides ou semi-arides. Cette situation expose le pays à une forte vulnérabilité face à la désertification, à la dégradation des terres et aux effets du changement climatique, a-t-il souligné.
Cependant, force est de constater qu'une manifestation annuelle ne suffit ni à endiguer la désertification ni à lutter efficacement contre le changement climatique. Deux pépiniéristes rencontrés au quartier Goudji, en face du mur de l'aéroport international Hassan-Djamous de N'Djamena — Oumar Mahamat Issa et Idriss Abakar Angaré — pointent du doigt la précarité économique de leur activité, rythmée uniquement par cette échéance.
"Nous nous efforçons chaque jour d'arroser et de veiller sur nos plants pour accueillir nos clients. Mais attendre la Semaine nationale de l'arbre pour réaliser l'essentiel de nos bénéfices nous décourage", déplore Oumar Mahamat Issa. De son côté, Idriss Abakar Angaré appelle le gouvernement à pérenniser ou à étendre le dispositif sur plusieurs périodes afin de leur garantir des revenus constants.
Selon l’Agence nationale de la Grande Muraille verte (ANGMV), ses actions ont permis de restaurer environ 787 834 hectares en 2024 grâce à la régénération naturelle assistée (RNA). Par ailleurs, le gouvernement s’est fixé pour ambition de restaurer 5 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030, dans le cadre de la neutralité en matière de dégradation des terres (NDT), et de planter 10 millions d’arbres pour contrer l’avancée du désert, selon le Journal du Tchad.
Il est rappelé que la lutte contre la désertification nécessite une action continue et non ponctuelle. C'est pourquoi le gouvernement fait de la RNA son cheval de bataille : cette méthode ne se limite pas à planter de nouveaux spécimens, mais consiste à protéger et à favoriser les rejets naturels d’arbres et d’arbustes déjà présents dans les champs et les espaces dégradés.