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# Tchad : grandir dans une ville sans espaces verts, quel impact sur les jeunes ?
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-grandir-dans-une-ville-sans-espaces-verts-quel-impact-sur-les-jeunes/
- Published: 2026-10-07T14:03:09.000Z
- Updated: 2026-10-07T14:03:09.000Z
- Description: À N'Djaména comme dans de nombreuses capitales, la disparition des espaces verts et des aires de jeux menace la santé physique et mentale des enfants et des jeunes.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Tchad

**Par Barra Lutter**

À N’Djamena comme dans de nombreuses capitales africaines, les enfants grandissent dans des villes où le béton, les routes et les constructions prennent progressivement la place des arbres, des jardins et des terrains de jeux. Pourtant, les espaces verts ne sont pas un luxe esthétique : ils participent à la santé physique et mentale, à l’activité sportive et à la sociabilité des plus jeunes. À l’heure où les métropoles du continent s’étendent rapidement, leur disparition pourrait avoir un coût bien plus important qu’il n’y paraît.

Quand la ville ne laisse plus de place pour jouer

Pour un enfant, un parc n’est pas simplement un endroit où l’on plante des arbres. C’est un espace pour courir, jouer, rencontrer d’autres enfants, se détendre et découvrir son environnement.

Or, dans de nombreux quartiers urbains, les terrains libres deviennent rares. Les espaces non bâtis sont progressivement transformés en habitations, commerces, parkings ou voies de circulation. Les enfants se retrouvent alors à jouer dans les rues, sur des terrains poussiéreux ou dans des espaces parfois dangereux.

Cette situation concerne particulièrement les quartiers populaires, où l’accès à des espaces de loisirs aménagés est souvent limité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF et ONU-Habitat soulignent dans un guide publié en 2026 que l’accès des enfants aux espaces publics de jeu se réduit avec l’urbanisation, particulièrement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Selon ce document, seuls 30 % des habitants de ces nations disposent d’un espace public ouvert à proximité, contre 44 % à l’échelle mondiale.

Une question de santé, pas seulement d’urbanisme

L’absence d’espaces verts peut avoir de lourdes conséquences sur la santé. Les parcs et jardins favorisent la marche, le sport et les activités de plein air. Ils offrent également des lieux de repos et contribuent à réduire le stress.

L’OMS établit notamment un lien entre les villes mal aménagées, le manque d’espaces verts, la sédentarité et plusieurs problèmes de santé. Les espaces verts peuvent aussi contribuer à réduire l’exposition à la pollution, au bruit et aux fortes chaleurs. Pour les enfants et les adolescents, l’enjeu est donc double : leur permettre de bouger davantage et offrir un environnement favorable à leur bien-être psychologique.

Dans des villes sahéliennes comme N’Djaména, la végétation joue en outre un rôle crucial dans la lutte contre la chaleur. Les arbres apportent de l’ombre et contribuent à rafraîchir les espaces urbains. À l’inverse, une ville dominée par le béton et les surfaces minérales accentue l’inconfort thermique.

 Nairobi, Kigali, Addis-Abeba : des exemples à observer

D’autres capitales africaines démontrent que l’espace vert peut devenir un véritable outil de politique urbaine. À Nairobi, au Kenya, ONU-Habitat travaille depuis plusieurs années avec les autorités pour restaurer et développer les espaces publics et les corridors verts. Une évaluation de la capitale avait notamment identifié deux grandes forêts urbaines totalisant environ 1 930 hectares, mais aussi mis en lumière de fortes inégalités d’accès entre quartiers.

Le cas kényan révèle une réalité essentielle : disposer de grands espaces verts ne suffit pas. Encore faut-il qu’ils soient accessibles aux enfants des quartiers populaires, sûrs, entretenus et correctement répartis.

À Addis-Abeba, au Rwanda et dans d’autres pays, les politiques de végétalisation et d’aménagement des espaces publics s'imposent désormais comme des composantes majeures de la qualité de vie urbaine. L’enjeu dépasse donc la simple plantation d’arbres. Il s’agit de repenser la ville autour de ses habitants, en particulier des plus jeunes.

Quelle ville voulons-nous laisser à nos enfants ?

Le Tchad fait face à une croissance urbaine qui soulève de multiples défis : circulation, inondations, gestion des déchets, pollution, logement et équipements collectifs. Les espaces verts risquent d’être les grands oubliés de cette transformation. Pourtant, l’urbanisme pourrait intégrer systématiquement des jardins publics, des terrains de sport, des arbres d’ombrage et des aires de jeu dans les nouveaux quartiers comme dans les anciens.

ONU-Habitat rappelle que les espaces publics bien conçus favorisent l’activité physique, la santé mentale, les relations sociales et la qualité de vie urbaine. Construire une ville, ce n’est donc pas seulement dresser des routes et des bâtiments. C’est aussi préserver des espaces où un enfant peut courir, respirer, jouer et grandir.

La question mérite d’être posée avec acuité à N’Djaména : quel avenir voulons-nous offrir à une génération qui grandit dans une cité où les espaces pour s'épanouir se font de plus en plus rares ?