Tchad : la CIST appelle à un sursaut national pour la justice sociale
La Confédération Indépendante des Syndicats du Tchad appelle à des mesures urgentes pour améliorer la situation des travailleurs, soulignant l'érosion du pouvoir d'achat et les retards de paiement des pensions.
Par Malick Mahamat
À l’occasion de la Journée internationale du Travail, célébrée chaque 1er mai, la Confédération Indépendante des Syndicats du Tchad (CIST) a fait une déclaration.
Dans sa déclaration, le secrétaire général de la CIST, Mahamat Nasaradine Moussa, a rappelé que la CIST, fidèle à son rôle, observe avec attention et gravité l’évolution de la situation des travailleurs tchadiens. Aujourd’hui, plusieurs réalités s’imposent : le pouvoir d’achat des travailleurs s’érode dangereusement sous l’effet de la vie chère, rendant difficile la satisfaction des besoins essentiels. Les retards dans le paiement des subsides des maîtres communautaires et des pensions persistent, fragilisant les ménages et compromettant la stabilité sociale.
Dans le secteur de l’éducation, des situations particulièrement préoccupantes, notamment la coupe des salaires de février 2026 de certains enseignants, sont à déplorer. À cela s’ajoutent la précarisation de l’emploi, le non-respect du Code du travail dans plusieurs secteurs, et les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité. À ces difficultés socio-économiques s’ajoutent également les conflits intercommunautaires récurrents qui ont fait couler tant de sang dans notre pays, fragilisant la cohésion nationale et appelant une attention particulière ainsi que des réponses fermes de la part du gouvernement.
Face à cette situation, la CIST appelle le gouvernement à des mesures urgentes, concrètes et responsables. La CIST exige notamment : l’augmentation de la valeur du point d’indice des salaires des fonctionnaires pour compenser la cherté croissante de la vie ; la subvention effective des prix des denrées de première nécessité ; des solutions durables au problème récurrent de l’eau et de l’électricité ; la mise en œuvre effective de la Politique nationale de l’emploi ; l’intégration massive et qualitative des jeunes diplômés sans emploi ; le respect strict de la législation du travail ainsi que des textes encadrant l’embauche de la main-d’œuvre étrangère ; la mise en application intégrale du Programme pays pour le travail décent ; l’extension de la protection sociale à toutes les couches de la population, notamment aux secteurs informel et rural ; le paiement rétroactif des allocations familiales dues aux travailleurs ; l’adoption de la liste nationale des maladies professionnelles ; la levée du gel des effets financiers d’avancement et de reclassement et la facilitation du circuit des dossiers d’avancement, reclassement et des retraités ; l’adoption d’une véritable politique de l’habitat et la réduction des coûts des matériaux de construction ; la régularisation de la situation des enseignants dont les salaires ont été coupés en février ; l’accélération de la signature du statut particulier des enseignants ; la conclusion rapide du Pacte social ; la nomination aux postes de responsabilité sur la base des compétences, de l’expérience et du mérite ; la redynamisation du dialogue social pour une paix sociale durable ; la poursuite rigoureuse et sans complaisance des auteurs de corruption et de détournement des biens publics ; une meilleure redistribution de la croissance économique nationale au profit du bien-être social des populations ; la garantie de la sécurité des travailleurs et de leurs biens ; la prise de mesures fortes pour améliorer la qualité des services des opérateurs de téléphonie mobile au bénéfice des consommateurs.
La CIST réaffirme ici, avec constance et sérénité, sa ligne de conduite. Elle privilégie le dialogue, mais refuse l’indifférence face aux injustices. Elle tend la main à la concertation, mais ne renonce jamais à la défense des travailleurs.
La CIST lance un appel solennel à la conscience nationale. Un appel à la responsabilité, à l’écoute, et à l’action. Le Tchad a aujourd’hui besoin d’un sursaut collectif pour replacer la justice sociale au centre des politiques publiques, le dialogue social au cœur de la gouvernance, et la dignité du travailleur au centre de la République.