Tchad : la jeunesse tchadienne, moteur du changement ou génération oubliée ?
Le Tchad, pays jeune, voit sa jeunesse confrontée à des défis majeurs. Malgré les obstacles, elle reste une force potentielle pour le développement, nécessitant des politiques adaptées pour s'épanouir.
Par Barra Lutter
Le Tchad est un pays jeune. Cette jeunesse représente sa plus grande richesse, mais aussi son plus grand défi. Dans les discours officiels, elle est régulièrement présentée comme l'avenir de la nation, le levier du développement et l'espoir d'un lendemain meilleur. Pourtant, derrière ces déclarations se cache une réalité bien plus contrastée : celle d'une génération confrontée au chômage, au manque de perspectives, à un système éducatif en difficulté et à un accès limité aux opportunités économiques.
Comment espérer bâtir un pays prospère lorsque ceux qui doivent en écrire l'avenir peinent à trouver leur place dans le présent ?
Chaque année, des milliers de jeunes quittent les universités, les centres de formation ou les lycées avec l'espoir d'intégrer le marché du travail. Beaucoup découvrent rapidement que les emplois sont rares, que les concours de recrutement sont peu fréquents et que l'entrepreneuriat reste difficile faute de financement, d'accompagnement et d'un environnement favorable. Nombre d'entre eux se retrouvent alors dans le secteur informel, où ils tentent de survivre plus que de construire une véritable carrière.
Cette situation nourrit un profond sentiment de frustration. Lorsqu'une jeunesse perd confiance dans ses perspectives d'avenir, c'est toute la société qui en subit les conséquences. Le découragement, l'exode, la migration irrégulière ou encore la tentation de rejoindre des activités illicites deviennent autant de risques pour la stabilité du pays.
Pourtant, la jeunesse tchadienne ne manque ni de talent ni de courage. Partout dans le pays, de jeunes entrepreneurs créent des entreprises, développent des innovations agricoles, investissent dans les nouvelles technologies, la culture ou les services. Des associations citoyennes portent des initiatives en faveur de l'éducation, de l'environnement, de la santé ou de la solidarité communautaire. Ces réussites démontrent qu'avec un minimum de soutien, les jeunes peuvent devenir de véritables acteurs du développement.
Le véritable problème réside donc moins dans le potentiel de cette génération que dans les conditions qui lui sont offertes pour s'épanouir. Investir dans la jeunesse ne consiste pas uniquement à multiplier les promesses ou à organiser des forums. Cela exige des politiques publiques cohérentes, des réformes ambitieuses et des investissements durables dans l'éducation, la formation professionnelle, l'innovation et l'emploi.
L'école doit préparer les jeunes aux réalités du marché du travail. Les centres de formation doivent répondre aux besoins des secteurs porteurs comme l'agriculture, le numérique, l'industrie, les énergies renouvelables ou les métiers techniques. Les banques et les institutions financières doivent proposer des mécanismes adaptés au financement des jeunes entrepreneurs. Les collectivités territoriales, elles aussi, ont un rôle à jouer en créant des espaces favorables aux initiatives locales.
La jeunesse doit également être davantage associée aux décisions publiques. On ne peut pas construire des politiques pour les jeunes sans les jeunes. Leur participation à la vie politique, économique et sociale ne doit pas être perçue comme une faveur, mais comme une nécessité. Ils doivent pouvoir exprimer leurs idées, participer aux débats et contribuer aux choix qui façonneront le Tchad de demain.
Les jeunes ont aussi une responsabilité. Revendiquer davantage d'opportunités doit aller de pair avec un engagement citoyen, le respect des valeurs républicaines, le travail, l'innovation et la volonté de participer activement au développement national. Le changement ne viendra pas uniquement des institutions ; il dépendra également de la capacité de la jeunesse à transformer les difficultés en opportunités.
Le Tchad se trouve aujourd'hui à un tournant. Il peut choisir de considérer sa jeunesse comme une simple statistique démographique ou décider d'en faire le moteur de sa transformation économique et sociale. Le coût de l'inaction serait immense. À l'inverse, investir dans les jeunes, c'est investir dans un avenir prospère. La jeunesse ne demande pas des privilèges. Elle réclame des chances équitables, des institutions à son écoute et un environnement où le mérite, le travail et l'initiative sont récompensés. Si ces conditions sont réunies, elle ne sera plus une génération oubliée, mais la force qui conduira le Tchad vers un avenir plus prospère.