Image

Tchad : la société civile presse l'exécutif de créer une Commission Vérité, Justice et Réconciliation

À N’Djamena, la société civile tchadienne a dévoilé un projet citoyen pour exiger la création d'une Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation afin de panser les blessures du passé.

Partager
Tchad : la société civile presse l'exécutif de créer une Commission Vérité, Justice et Réconciliation

Par Achta Mahamat

N’Djamena — Des organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains, des juristes, des représentants de victimes et d’autres acteurs ont présenté, mardi 15 septembre 2026 à N’Djamena, un projet citoyen visant à soutenir la création d’une Commission Nationale Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CNVJRR).

Lors de la conférence de presse, Maître Gadnodji Prosper et Mahamat Nour Ibedou ont plaidé pour un mécanisme destiné à répondre aux traumatismes liés aux crises et violations du passé, tout en contribuant à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions.

« Il est temps de guérir le Tchad »

Prenant la parole, Mahamat Nour Ibedou a placé son intervention sous le signe de la guérison des traumatismes du pays. Selon lui, les différentes crises traversées depuis l’indépendance ont laissé des blessures profondes qui continuent de se transmettre de génération en génération.

Il a évoqué les conflits, les violences, les disparitions, les enlèvements et les violations des droits humains, ainsi que la persistance d’une culture de vengeance et de méfiance. Pour lui, les nombreux accords de paix, dialogues et conférences organisés au fil des années n’ont pas permis de régler durablement les causes profondes des crises, certaines dispositions étant restées inachevées ou insuffisamment appliquées.

« Il y a quelque chose que nous n’avons pas encore essayé : le mécanisme de vérité, de justice et de réparation », a-t-il déclaré, présentant cette démarche comme une voie inédite pour traiter les passifs douloureux du pays, en s'inspirant des expériences de l’Afrique du Sud et du Rwanda adaptées aux réalités tchadiennes.

Une démarche citoyenne structurée

Plusieurs initiatives ont déjà été menées par la société civile, allant des conférences-débats aux rencontres intercommunautaires et aux travaux de réflexion sur la justice transitionnelle. Cette dynamique intervient alors que les autorités ont engagé une réflexion institutionnelle, illustrée en juin 2026 par la présentation d’une stratégie nationale de réconciliation par la Médiature de la République.

Pour les initiateurs, il s'agit désormais de franchir un cap. Mahamat Nour Ibedou affirme que les organisations présentent des travaux aboutis comprenant une architecture précise, des conditions de crédibilité et une feuille de route, tout en appelant les journalistes à s’emparer du sujet.

Six piliers et douze préalables

La déclaration nationale d’adhésion repose sur six piliers fondamentaux : la vérité, la justice, la guérison des traumatismes, la réparation, les réformes institutionnelles et la réconciliation. Les promoteurs souhaitent que les faits soient documentés, les victimes reconnues et accompagnées, et les responsabilités établies.

Par ailleurs, la déclaration identifie douze préalables pour restaurer la confiance, parmi lesquels la volonté politique, l’ouverture de l’espace civique, la protection des victimes et des témoins, l’accès aux archives, l’indépendance de la future commission, la transparence budgétaire et la création d’un fonds national de réparation.

Un appel pressant à l’institutionnalisation

En s'appuyant sur l’Accord de Doha et les recommandations du Dialogue national inclusif et souverain, les organisations signataires demandent solennellement au président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, d’institutionnaliser la CNVJRR.

« Il est temps de guérir le Tchad », a conclu Mahamat Nour Ibedou, résumant l'ambition de ce projet tourné vers l'avenir institutionnel du pays.

Image
Image