Tchad : Les aires protégées, fer de lance de la stratégie de développement durable
Réuni à N’Djamena pour le FAGAP 2026, le Tchad et ses partenaires ont réaffirmé leur volonté de faire de la conservation de la biodiversité un moteur de croissance économique.
Par Temandang Gontran
N’Djamena a abrité la deuxième édition du Forum annuel des acteurs de la cogestion des aires protégées (FAGAP) ce 28 octobre 2026 au ministère des Affaires étrangères. Cet événement majeur a été l'occasion de réaffirmer la vision du gouvernement tchadien et de ses partenaires — au premier rang desquels l'Union européenne et African Parks — de faire de la conservation de la biodiversité un véritable moteur de croissance économique et de résilience climatique. La cérémonie d'ouverture a été lancée par le ministre de l'Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous.
Un partenariat historique de 40 ans au service de la nature
La conservation de la faune et des écosystèmes au Tchad ne date pas d'hier. Comme l'a rappelé l'ambassadeur de l'Union européenne, Amador Sánchez Rico, la coopération entre le Tchad et l'UE dans ce domaine approche des quatre décennies, un bail de collaboration fructueuse qui a permis de transformer durablement le paysage de la conservation dans le pays.
Initialement centré sur la reconstitution de la grande faune, le soutien européen s'est progressivement étendu à sept sites majeurs :
- Le Parc national de Zakouma et sa périphérie
- La Réserve naturelle et culturelle de l'Ennedi
- La Réserve de faune de Ouadi Rimé et Ouadi Achim
- Le Parc national de Siniaka Minia
- Le Parc national de Manda
- Le Parc national de Zama Ou (ou Zao)
- Le paysage Aouk
« Aujourd'hui, les programmes de nouvelle génération de l'UE (Natura Tchad et Nature Africa) consacrent environ 40 % de leur budget au développement local, consacrant ainsi le passage d'une protection stricte à une gestion intégrée du territoire », a ajouté Amador Sánchez.
Des sanctuaires écologiques devenus des pôles de développement
Placé sous le thème « Les parcs, moteurs d’un Tchad d’avenir : préserver aujourd’hui, construire l'émergence », le forum a rappelé que les parcs ne sont pas des enclaves isolées, mais des infrastructures écologiques vitales. Dans un contexte marqué par des défis environnementaux majeurs tels que la dégradation des terres arides et le recul dramatique du lac Tchad, les aires protégées régulent le climat local, protègent les sols et sécurisent l'accès à l'eau.
Grâce aux accords de cogestion unissant l'État, les collectivités locales, les acteurs privés et des organisations comme African Parks, de réels progrès ont été enregistrés, a souligné le ministre de l'Environnement :
- Restauration de la faune et sécurisation de zones autrefois en proie au braconnage.
- Création d'emplois locaux et essor de l'écotourisme et de l'artisanat.
- Soutien aux communautés riveraines à travers des activités génératrices de revenus et la réalisation d'infrastructures sociales, a expliqué Hassan Bakhit Djamous.
Malgré ces avancées remarquables, les participants au forum ont insisté sur la nécessité d'un diagnostic lucide face aux défis persistants : pressions sur les ressources, conflits hommes-faune et limites des financements traditionnels. L'Union européenne a notamment mis en garde contre une dépendance excessive à l'aide extérieure, appelant à explorer des mécanismes novateurs et diversifiés :
- Le financement carbone et les fonds dédiés à la biodiversité.
- Les unités de nature vérifiable (verifiable nature units), actuellement en phase d'expérimentation par African Parks dans le Parc national de Zakouma.
« Les parcs nationaux et les autres aires protégées sont bien des sentiers de la biodiversité. Ils sont des espaces autour desquels peuvent se construire des opportunités, des compétences, des partenariats et une ambition commune au service des générations futures », a souligné le directeur pays d'African Parks.
Un appel à l'action intergénérationnelle
En ouvrant les travaux, un appel solennel a été lancé à l'ensemble des forces vives de la nation :
- Aux partenaires techniques et financiers, pour maintenir et amplifier leur engagement.
- Aux autorités administratives et traditionnelles, pour porter cette vision de proximité.
- Aux collectivités territoriales, pour intégrer la conservation dans les plans de développement locaux.
- Aux jeunes et aux femmes, pour s'approprier les métiers d'avenir liés à la conservation, au tourisme et à l'artisanat.
Le Tchad de demain se construira avec ses parcs et grâce à ses parcs. Préserver la biodiversité aujourd'hui, c'est poser les fondations inestimables de l'émergence de demain. La cérémonie de lancement a été suivie d'une visite des différents stands.