Tchad : les femmes, piliers de la filière gomme arabique
Au Tchad, les femmes jouent un rôle crucial dans la filière de la gomme arabique, essentielle à l'économie nationale. Leur contribution est vitale pour la transformation et l'exportation de ce produit stratégique.
Au Tchad, la filière de la gomme arabique occupe une place stratégique dans l’économie nationale. Deuxième producteur mondial derrière le Soudan, le pays produisait déjà plus de 30 000 tonnes en 2013, soit environ 13 % de la production mondiale. Cette ressource constitue aujourd’hui la quatrième source de revenus d’exportation, après le pétrole, l’élevage et le coton.
S’étendant sur près de 700 000 hectares, cette activité fait vivre des milliers de familles rurales. En 2015, elle contribuait à hauteur d’environ 7 % au produit intérieur brut (PIB). Très recherchée sur les marchés internationaux, la gomme arabique est utilisée dans de nombreux secteurs, notamment l’agroalimentaire, le textile, la pharmaceutique et la peinture.
Derrière cette chaîne de valeur, les femmes jouent un rôle central, en particulier dans les activités de transformation artisanale comme le tamisage. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, contribue directement à l’amélioration de la qualité du produit.
Selon des estimations de la FAO et d’acteurs du secteur, entre 2018 et 2024, la production annuelle du Tchad oscille entre 15 000 et 30 000 tonnes, confirmant sa place parmi les principaux producteurs africains. Dans les activités de transformation, les femmes représentent entre 60 % et 80 % de la main-d’œuvre.
Au-delà de leur contribution économique, leur engagement a un impact social important. Les revenus tirés de cette activité permettent de subvenir aux besoins du foyer, de scolariser les enfants et, pour certaines, de gagner en autonomie financière.
L’année 2025 marque une évolution notable pour la filière. Le pays prévoit d’exporter environ 61 600 tonnes, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024. Cette progression s’explique en partie par la crise sécuritaire au Soudan, qui perturbe la production du principal fournisseur mondial et redirige une partie de la demande vers le Tchad.
Entre janvier et mai 2025, les exportations vers les États-Unis ont atteint 1 045 tonnes, en hausse de 81 % par rapport à la même période de l’année précédente. Le Tchad renforce ainsi sa présence sur ce marché, où il représente environ 16 % des importations.
Malgré ces performances, les conditions de travail restent éprouvantes. Le tamisage, étape essentielle pour nettoyer et affiner la gomme, s’effectue souvent sans équipements adaptés, dans un environnement exposé à la poussière.
Les revenus varient selon l’activité. En moyenne, les femmes gagnent entre 6 000 et 10 000 FCFA par jour. En période de forte demande, certaines peuvent atteindre jusqu’à 20 000 FCFA, en fonction de la quantité traitée.
Hawa, travailleuse du secteur, témoigne : « Je quitte la maison dès 5 heures du matin pour aller travailler au tamisage. Je peux traiter trois à quatre sacs par jour. Un sac est payé entre 3 000 et 3 500 FCFA. Grâce à ce travail, je nourris mes enfants. »
Une autre jeune femme confie : « Quand j’arrive tôt, je peux tamiser cinq à six sacs par jour. C’est un travail difficile, mais digne. »
Malgré son poids économique, la filière reste largement dominée par l’informel, qui représenterait plus de 80 % des activités. Cette situation limite l’accès au financement, aux formations et aux circuits de commercialisation structurés. Les femmes, pourtant essentielles à la production, demeurent peu présentes dans les maillons les plus rémunérateurs de la chaîne, souvent contrôlés par des intermédiaires.
En 2025, les autorités ont introduit une taxe de 5 % sur la valeur imposable, à laquelle s’ajoute une redevance statistique de 2 %, portant la pression fiscale globale à 7 % sur les exportations. Une mesure visant à mieux capter les retombées économiques du secteur.
Selon plusieurs analyses, notamment de la Banque mondiale, la structuration de la filière constitue un enjeu majeur. L’organisation des productrices en coopératives, l’accès à des équipements modernes et le renforcement des capacités techniques pourraient améliorer significativement leur productivité et leurs revenus.
Dans ce contexte, la valorisation du rôle des femmes apparaît comme un levier essentiel pour un développement plus inclusif. La dynamique observée ces dernières années montre que le Tchad dispose d’un potentiel réel pour consolider sa position sur le marché international. Reste à faire en sorte que cette croissance bénéficie pleinement à celles qui en sont les principales actrices, mais encore trop peu visibles.
Khadidja Oumar Abdoulaye